Quik Is The Name, DJ Quik

Quik Is The Name, DJ Quik

Profile Records, 1991

1991. On ne sait pas trop d’où sort DJ Quik, il n’est pas affilié à un clan ou à un groupe de rap connu comme ça se fait beaucoup à l’époque, à l’instar de NWA ou Above The Law, dont il s’inspirera. Son crew, il le forme lui-même avec des amis gangsters de Compton comme les 2nd II None, Hi-C ou AMG. En dehors de cela, DJ Quik semble un peu esseulé au milieu de la scène californienne.

Quik a grandi dans la pauvreté et dans le milieu des gangs, il devient rapidement un membre des Tree Top Piru, une faction des Bloods basé à Compton. Ayant quitté le lycée à 16 ans en 1986, David Blake se retrouve sans-abri, à vagabonder dans les rues dangereuses de Compton, sa mère ayant perdu son appartement. Pour s’en sortir, il fait des petits boulots en tant que DJ, qui finissent souvent en altercations avec d’autres gangs de rues rivaux. A côté, il enregistre des mixtapes qu’il vend dans les rues de Compton et à ses shows de DJing, la plus connue est The Red Tape sortie en 1987. Quik Is The Name devait initialement être l’une de ces mixtapes avant qu’elle finisse dans les mains de Profile Records.

Ayant entendu sa mixtape The Red Tape, Cory Robbins de Profile Records le contacte pour lui faire passer une audition, débouchant sur un contrat à six chiffres signé en 1990 et faisant de lui le premier artiste du label à avoir un contrat aussi onéreux. En parallèle, il a été contacté par Select Records, il s’en est suivie une enchère pour le faire signer qui a été remporté par Profile. Peu après sa signature sur Profile, Eazy-E l’a également approché en lui proposant une avance d’un million de dollars, mais ayant déjà signé avec Profile, Quik n’a pas pu signer avec Ruthless, ce qu’il regrettait fortement à l’époque. A priori, dès ses débuts, David Blake semblait déjà très prometteur.

Pour enregistrer et mixer l’album, Profile lui octroie un budget de 30 000 dollars. Quik ayant déjà une grosse partie de l’album déjà prête, il a utilisé le minimum du budget pour enregistrer l’album en studio et conserver le reste du budget, comme il l’a déclaré dans une interview. Quik réalise la plupart de l’album lui-même. Il écrit les paroles, rappe, réalise la production et une partie du mixage. Il s’entoure des ingénieurs de Profile pour le reste du mixage et le mastering. Même si une partie de la production provient de sample et de clavier, les basses et les guitares seront enregistrées en studio à partir d’instruments organiques par un musicien, Stan Jones. Richie Rich l’accompagnera également en tant qu’ingénieur et la réalisation des synthés.

Interview de DJ Quik

If you do the math: a $1000 a-day studio…if we get Quik is the Name done in less than a month, that’s more money in my pocket. So we got it done in 17 days. We dumped everything out of the SP-1200, brought the turntables into the studio, scratched all the hooks, did all the overdubs and brought in a bass guitar player to fatten up the sound because we would lose a lot of the bass from sampling. We recorded some of the album at Westlake Recording Studios in Santa Monica, which is where Michael Jackson did Thriller. It was a trip being in there mixing « Tonite » on those big boards knowing that Michael was coming in and out of there

Depuis ses débuts à vendre des mixtapes dans la rue, David Blake a fait du chemin et maintenant il est dans la bulle. « DJ Quik is in the motherfuckin’ house! », c’est ainsi que Quik démarre son classique. Et oui ! DJ Quik est dans la place, prêt à ajouter un nouveau nom sur Compton, prêt à faire découvrir au monde sa musique.

Même si Compton est déjà bien représenté sur la carte du rap, en ayant fait émerger le gangsta rap, à l’instar des Compton Most Wanted et NWA, DJ Quik se démarque de ses confrères avec des rythmes plus funky. Et sur ses rythmes funky, il adoptera le style gangsta, après tout il reste un membre des Tree Top Piru Bloods, et au vu de son passé, il aurait été difficile de s’attendre à autre chose.

Quik tire son inspiration majoritairement du Funk et da la Soul, et notamment de Roger Troutman qui lui apprendra à utiliser le talkbox, un outil qui permet de modifier la fréquence du son d’un instrument pour changer son rendu et d’ajouter des sons vocaux à des instruments. Le talkbox deviendra l’une de ses marques de fabrique tout au long de sa carrière, ainsi que son emprunte Funk. Les passages chantonés seront aussi une des innovations de cet album, le chant étant vu comme un manque d’authenticité dans le rap. Mais Quik n’a pas à prouver sa street-credibility.

On dénote les premières esquisses du G-Funk, qui sera ensuite popularisé par Dr Dre, des basses puissantes avec des mélodies de synthé et des riffs de guitares inspirées du P-Funk et de la Soul des années 70-80 avec des artistes comme Isaac Hayes ou James Brown. Finalement, il sera l’un des precurseurs de cette formule si connue du début des années 90. Producteur talentueux et créatif, il démontre ses talents et son savoir-faire avec son Quik’s Groove ou la fin de Tonite qui offre un magnifique riff de synthé plein de mélodie. Il s’essaie également au Reggae sur Bombudd qui est très réussi et parfait pour le thème de la weed qu’il aborde avec la gimmick assez comique « Bombudd ».

Sa voix suave et douce s’adapte parfaitement aux beats mélodieux de l’album. Le rappeur de Compton parvient parfaitement à apporter une harmonie entre ses productions funky et son flow calme. Il apporte un contraste à ses mélodies douces en abordant des sujets de son quotidien de gangster avec légèreté, comme la drogue, les gangs ou la violence, notamment sur le single Born and Raised In Compton, avec ce magnifique scratch reprenant NWA, ou encore sur Loked Out Hood. Aussi provocateur sur Sweet Black Pussy et son clip hardcore, qui a été censuré, contant ses aventures avec les femmes de manière très imagée et vulgaire.

L’une des faiblesses notables de l’album restent les lyrics, Quik est un producteur hors-norme et un artiste multi-casquette, mais les lyrics ne sont pas son point fort. Les lyrics sont loin d’être mauvaises, mais il manque cette recherche particulière avec des métaphores ou des rimes complexes qu’on peut retrouver chez d’autres rappeurs. La qualité des productions permet d’oublier aisément cette lacune, si on peut même oser la qualifier comme telle. Et après tout ce n’est pas pour ça qu’on écoute DJ Quik, il faut plutôt le prendre pour sa musicalité qui rappelle les sonorités Funk/Soul des années deux décennies antérieures.

A seulement 20 ans, Quiksta sort cette bombe pour apporter fraicheur et nouveauté au Gangsta Rap avec des beats plus funky, se démarquant ainsi de ses prédécesseurs plus agressifs de Compton. Sorti presque deux ans avant The Chronic de Dr Dre, DJ Quik a ouvert les prémisses du G-Funk, en même temps que ses confrères de Pomona, Above The Law. Serait-il l’inventeur du G-Funk ? La question reste entière. Quoi qu’il en soit, il apporte un côté novateur au rap West Coast pour lequel il reste encore l’un des plus grands aujourd’hui.

Par Grégoire Zasa


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