Doggystyle, Snoop Dogg

Doggystyle, Snoop Dogg

Death Row / Interscope, 1993

Snoop Dogg est probablement le rappeur qui m’a le plus fait rêver dans mon enfance. Ayant grandi avec 50 Cent à la radio, il a également bercé mon adolescence, mais c’est bien quand j’ai découvert Snoop Dogg et son Doggystyle que j’ai compris que j’étais tombé amoureux du rap. Vous le comprenez, il sera difficile pour moi d’être objectif avec cet album, pleins de souvenirs me reviennent en tête à l’époque où j’écoutais le CD dans la chaîne hifi de mon frère. Cet album, et aucun autre, m’a littéralement retourné la tête.

Snoop fait définitivement parti des rappeurs les plus connus et les plus légendaires de la planète. Mais revenons quelque peu en arrière, et notamment en 1992 où cette histoire commence. La West Coast n’est pas encore tout à fait sur la carte du rap, N.W.A et Ice Cube sont déjà bien implantés mais Los Angeles fait toujours figure d’outsider dans le game, et le rap était presque considéré comme exclusivement New Yorkais. A tel point que les radios new yorkaise ne voulaient pas passer de rap West Coast. La réaction de Snoop lors de sa victoire aux Source Awards de 1995 le montre.

Pourtant les choses vont changer dès que Death Row entre en jeu. Dr Dre déniche un jeune rappeur de Long Beach, Snoop Doggy Dogg. Les tubes de The Chronic ont déjà bien martelés les radios nationales, Snoop devient une superstar presque instantanément. L’album encore inachevé, la maison de distribution menace Death Row de ne pas distribué l’album. Dans la précipitation Dr Dre finalise les skits en 48 heures pour nous offrir le classique tant attendu par les fans fin 1993.

Malgré un goût d’inachevé, la magie opère. Snoop pose son flow inimitable, nonchalant et lisse comme personne n’a pu le faire avant lui, ni même après lui. Il a cette facilité naturelle à animer de ses rimes la musique magique de Dr Dre. La production funky et laid-back est taillée parfaitement pour son flow. Et même s’il n’est pas le plus fin lyricist, ses rimes glissent toutes seules pour s’engouffrer dans nos oreilles et nous faire bouger la tête. Le storytelling gangsta de Murder Was The Case est très bien narré et particulièrement inventif, avec Snoop qui simule sa propre mort après une embrouille de quartier. Il nous communique toute la dramaturgie de la scène, qui est magnifié par le sifflement strident accompagné du bruit sourd de la production pour ambiance mélodramatique. Pourtant, Snoop se montre aussi comique, ou plutôt sarcastique avec des rimes subtiles dictées avec un flow laconique, comme sur Lodi Dodi, fortement inspiré de La-Di-Da-Di de Slick Rick, l’une des ses sources d’inspiration. Des ambiances festives font aussi leur apparition pour nous conter la vie de quartier sous le soleil californien, notamment sur Gin and Juice.

Même si Dre est crédité comme le seul producteur, la légende dit que Dat Nigga Daz et Warren G auraient fortement contribué à la production. Warren G a eu la maligne intuition qu’il ne récolterait pas les fruits de son travail, comme beaucoup d’artistes de Death Row, y compris Snoop Dogg et Dr Dre, le poussant à quitter Death Row pour Def Jam. Quoi qu’il en soit, la production est bien révolutionnaire. Le G-Funk n’est certes pas nouveau, The Chronic l’a déjà popularisé, mais Doggystyle le propulse à un autre niveau, un niveau inégalé et inégalable.

Murder Was The Case

As I look up at the sky
My mind starts trippin, a tear drops my eye
My body temperature falls
I’m shakin and they breakin tryin to save the Dogg
Pumpin on my chest and I’m screamin
I stop breathin, damn I see demons

Les samples de P-Funk des années 70s des Parliament-Funkadelic ou d’Isaac Hayes vont tisser toute la toile sonore et la palette musicale. Les basses lourdes typiques du G-Funk accompagnées des accords de synthé mélodieux, les flutes sifflantes et les résonnements stridents confinent dans une ambiance ensoleillée. Et sous ce soleil, l’ambiance est parfois plus psychédélique comme sur Lodi Dodi ou Murder Was the Case ou la capricieuse Gz & Hustlaz. La flute enchanteresse de Tha Shiznit où Snoop se dévoile sous son personnage plus pimp et mysogine, ou la douceur mélodique de Doggy Dogg World permettent de se prélasser tranquillement. La variété des ambiances en font finalement un album assez éclectique dans son propre style tout en gardant sa cohérence avec sa toile de fond funky.

Doggystyle a évidemment marqué son époque, des gros singles ont matraqué les radios avec des morceaux qui sont restés iconiques encore aujourd’hui, notamment la magnifique Who Am I? ou Gin and Juice. Et pourtant on retient aussi les morceaux qui n’étaient pas des singles. Qui ne se souvient pas du couplet incroyable de Nate Dogg sur Ain’t No Fun ou du clip de Murder Was The Case ? Toutes ces mélodies sont restées graver dans nos têtes et démontrent toute la puissance de cet album.

Dr Dre a réussi à parfaire sa recette pour en faire quelques chose d’encore plus grand et plus abouti que The Chronic. Le premier album du Dogg de Long Beach est définitivement un classique, un monument du rap et le plus grand album de G-Funk de tous les temps.

Par Grégoire Zasa


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