L’art de l’entertainment de Snoop Dogg

L’art de l’entertainment de Snoop Dogg

« Bush », la nostalgie du Funk des années 70

Doggystyle / I Am Other / Columbia , 2015

De Doggystyle à Bush

Snoop Dogg a connu plusieurs périodes dans sa carrière. Il y a eu l’ère Death Row où son association avec Dr. Dre a créé l’un des sons les plus reconnaissables du Hip Hop avec le G-Funk, une fusion parfaite entre le producteur et le rappeur qui a donné des classiques, Chronic et Doggystyle. Il trouve ensuite une nouvelle maison en Louisiane, la terre de Master P pour des sonorités beaucoup plus sudistes, si ce n’est pas la période de Snoop la plus appréciée, elle lui a au moins permis de manger. Pour rappel, il n’a rien récupéré chez Death Row bien qu’il était une star internationale. Master P lui a à minima permis d’accéder à la prospérité financière, et par la même occasion de sortir quelques albums mémorables, Top Dogg et Tha Last Meal notamment, dont le titre de ce dernier n’est d’ailleurs pas anodin, son dernier repas chez No Limit avant de repartir pour de nouvelles aventures.

C’est bien cette nouvelle période qui va nous intéresser ici, on va y avoir apparaître les premiers albums sur son propre label, Doggystyle Records. Si la maison a été créé bien avant, il faut attendre Tha Last Meal pour voir un premier album sortir de ce label, en coproduction avec No Limit. Ce n’est pas anodin. Snoop fait un dernier album avec No Limit avant que celui-ci ne lui donne les clés pour voler de ses propres ailes. Doggystyle Records n’a jamais vraiment fait émerger d’artiste, mais elle reste la protection des droits d’auteur de Snoop Dogg, tous ses futurs albums sortiront sur cette maison, tout en étant distribués par des majors. Snoop a enfin une forme d’indépendance, à la fois financière et artistique.


L’espoir d’une direction artistique bien ficelée

On sait que Snoop Dogg donne le meilleur de lui-même quand il a une direction artistique bien ficelée, quelqu’un qui le canalise et l’accompagne pour construire son album. Dr. Dre lui a permis Doggystyle. Pharrell Williams lui permettra R&G, un nouveau classique, un concentré de G-Funk ultra moderne avec un mélange de R&B, et surtout un nouveau personnage avec une pimpologie encore plus exacerbée. Paid Tha Cost To Be Da Boss était le laboratoire de Pharrell et Snoop avant d’arriver à quelque chose de plus abouti avec R&G. Mais encore une fois, sur ce dernier, Pharrell ne s’occupe pas de la production dans sa globalité, et on se retrouve avec quelques morceaux fourre-tout qui cassent la cohérence globale. Pharrell n’est pas encore parvenu à complétement canaliser Snoop. On pouvait continuer à rêver d’un nouvel album de Snoop en association avec un seul producteur, qui s’occupe de la direction artistique et de la production dans son ensemble, avec Dre, avec Pharrell ou même un autre producteur, Dj Quik par exemple. A cette époque, les occupations de Dr. Dre semblaient éloigner tout espoir des fans d’un nouvel album commun, mais avec Pharrell c’était déjà plus envisageable. Et ils l’ont fait. Mais il a fallu attendre 2014.

Toute cette introduction pour parler de Bush me direz-vous ? Oui, cette introduction aurait pu servir pour bon nombre d’albums de Snoop. Mais il faut comprendre ce par quoi les fans de Snoop, dont je fais partie, sont passés. Je ne dis pas que Snoop n’a rien fait, il a satisfait les fans avec des excellents albums depuis Doggystyle, même classiques pour certains, mais toujours avec une sensation étrange, des albums trop longs avec des titres passables, voir mauvais, qui gâchent le projet dans son entièreté et l’éloigne de la perfection. Je rêvais d’un album de Snoop concentré, d’une parfaite cohérence, une direction artistique irréprochable, où il peut s’exprimer à merveille tout en étant canalisé par son producteur. Je l’ai attendu et je l’ai eu.


Un album qui sort de nul part

Ce qui est plus surprenant, c’est la période à laquelle Bush sort. Si Tha Blue Carpet était de bonne facture et présentait une certaine cohérence, ce n’est pas le cas de ce qui suivra, Ego Trippin est un bon album, mais c’est une playlist. Je préfère passer sous silence les albums qui suivront jusqu’à Bush. En tant que fan invétéré de Snoop, j’étais désespéré par ce qu’il proposait, et à tel point que je n’écoutais presque plus ses sorties. Je n’attendais plus rien de lui, la période du grand Snoop était révolue.

Je ne dis pas que Bush est un album classique, ni même qu’il fait renaître Snoop ou qu’il relance sa carrière. Ce n’est évidemment pas le cas. Bush est resté relativement confidentiel, et presque passé inaperçu dans un Hip Hop qui était perdu dans la Trap. Et oui, il dénote totalement du Hip Hop de l’époque, et c’est aussi ce qui fait sa particularité. Bush est la preuve que Snoop est capable de faire de la bonne musique, de l’excellente musique, de la musique qu’il aime. Parce que Bush n’est pas seulement un album d’été, contrairement à ce qu’on peut penser ou contrairement à ce qu’on veut nous faire croire. Et volontairement, je ne sors pas cette revue pour l’été.


La nostalgie du Funk/RnB

Je ne vous cache pas que j’ai été émerveillé par Bush, vous avez dû le comprendre. Il est difficile d’écrire l’affecte que j’ai pour cet album. Plus je l’écoute, plus je l’apprécie. Ce n’est pas mon préféré du rappeur pour autant, mais il représente tout ce que j’apprécie la musique et tout ce que j’attends de Snoop, tout ce que j’espérais de Snoop.

Par la même occasion, je suis aussi un fan de Pharrell, et des Neptunes, sa musique éclectique et ses influences multiples m’ont toujours séduit, de l’époque des Neptunes avec les Clipse jusqu’à N.E.R.D.. Je suis convaincu que l’alliance avec Snoop est parfaite, de la même manière qu’avec Dr. Dre. C’est la nostalgie qui m’envahit quand j’écoute Bush, la nostalgie de la période de R&G, la nostalgie de Doggystyle où Snoop est en fusion avec son producteur, où il donne le meilleur de lui-même. S’il n’y a peut-être pas que Pharrell qui pouvait faire cet album, très peu auraient pu le faire aussi bien que lui. Ses influences sont parfaites pour les sonorités qu’ils ont donné à cet album.

Étant également un fan du R&B/Funk des années 70, je ne pouvais qu’être en extase pour cet album. Tous les voyants sont au vert pour un album parfait, un album qui pourra combler ma nostalgie. Pharrell, accompagné de Chad Hugo son compère des Neptunes, rend parfaitement hommage au R&B et au funk, avec parfois une légère touche de disco très bienvenue pour des rythmes entraînants, des rythmes pleins de fraîcheur, des rythmes pleins de nostalgie. 10 titres d’une cohérence exemplaire. 40 minutes de bonheur. Son travail prodigieux derrière les platines donne toute sa saveur à cet album aux sonorités sucrées et pleines de soleil. Mais dans cette nostalgie, il y a aussi un léger côté futuriste, ce qui donne un mélange très intéressant entre le rétro, le moderne et le futuriste. Même si l’album rend hommage aux années 70, il ne sonne pas dater pour autant, l’influence rétro est certaine mais la créativité artistique l’est aussi.


L’hommage des 70s au Moog Synthetizer

R U A Freak est simplement pétillante avec son air disco, la guitare de Awake est juste divine, Peahes N Cream nous berce avec son air retro funk avec un excellent Charlie Wilson au refrain. L’harmonica gémissant de Stevie Wonder sur California Roll donne toute sa beauté à la mélodie douce composée par Pharrell. This City ou So Many Pros sont d’autres hommage magnifique à cette musique divine que proposait les années 70. Les back vocals de Charlie Wilson, Nelly, Rhea Dummet ou Pharrell lui-même, apportent beaucoup de rythme et de charme à l’album, tout en rappelant étrangement le Funk.

L’un des beauté de cet album est l’utilisation d’instruments organiques, principalement de la guitare et un synthétiseur Moog, très typique des années 70, principalement dans le Rock et le Funk avec des artistes comme les Beatles, Herbie Hancock, Frank Zappa, Sun Ra ou Stevie Wonder. Cet instrument magique permet d’imiter un grand nombre d’instruments comme les cordes ou les cuivres tout en contrôlant la hauteur du son et les tonalités, il donne par conséquent un côté « acid » et cosmique aux productions, tout en conservant des sonorités assez organiques. Pharrell a composé la musique de cet album spécialement pour ce synthétiseur, sans utiliser de sample, à l’exception de Peaches N Cream qui mélangent trois samples, mais uniquement des vocaux, aucun instrument n’est repris.


Le flow envoutant de Snoop

Snoop nous berce avec son flow nonchalant habituel pour animer les productions à merveille. C’est vrai, il rappe très peu, mais ce n’est pas le but de l’album, et son chant est très convaincant. Je le dis toujours, Snoop sait tout faire, du chant au rap, il glisse sur toutes les productions qu’on peut lui offrir, rythmes rapides ou lents. Il est un véritable entertainer, probablement le meilleur du Hip Hop, cet album le prouve avec une musique agréable, douce, sans prise de tête. De la musique légère pour divertir et se faire plaisir, mais d’une créativité et d’une réalisation irréprochable.

L’harmonie entre le producteur et le rappeur/chanteur fonctionne exceptionnellement bien. Les quelques rappeurs invités viennent apporter la touche Hip Hop au projet, notamment le très bon couplet de T.I. sur la magnifique Edibles. Seules les participations de Kendrick Lamar et Rick Ross sont plus discutables et moins en adéquation avec le projet global, le titre I’m Ya Dogg est d’ailleurs l’un des moins convaincants de l’album, même s’il apporte une touche Hip Hop intéressante.


Une couverture à double sens

On soulignera cette magnifique couverture qui est finalement très imagée, de la même manière que le titre de l’album à double sens. En effet, si la traduction littérale de « bush » est buisson, d’où la couverture, en argot il désigne en réalité de l’herbe à fumer, ce qui explique le chien bleu broutant un de ces fameux buisson, le chien désignant évidement Snoop avec une allusion à sa passion pour la fumette et le bleu donne un léger côté psychédélique et absurde. Mais Bush désigne également les attribues féminins plutôt velus, « bushy », une brousse, un buisson touffu, une « hairy pussy ». Le chien broutant ce buisson prend alors un tout autre sens avec une image plutôt explicite. Oui je sais que vous avez l’image dans la tête !


Avec une direction artistique claire et un projet court, Snoop est exceptionnel. Cet hommage à la musique des années 70 est très bien maitrisé, plein de fraicheur. Snoop démontre une nouvelle fois sa grande adaptabilité. Il offre un album d’une cohérence parfaite, que j’ai attendu pendant très longtemps.

Et oui, il aura fallu attendre plus de 20 ans pour retrouver Snoop Dogg dans la même configuration que Doggystyle. Si l’album n’a rien à voir, il est bien celui qui a le plus de cohérence dans la carrière de Snoop derrière Doggystyle. C’est l’une des raisons pour laquelle j’estime cet album comme très important dans sa carrière et tout en étant un véritable chef d’œuvre. Oui j’ai bien dit chef d’œuvre. Il l’est d’autant plus au milieu du vide abyssal qu’il a proposé après Bush. Bush est un ovni dans sa carrière, et particulièrement dans les années 2010 qui sont une véritable catastrophe dans sa discographie, avant qu’il se réveille légèrement dans les années 2020. L’annonce de Missionary est une autre lueur d’espoir pour les fans de Snoop, l’espoir de retrouver une nouvelle fois Snoop dans une direction artistique bien maitrisée, en espérant que Dre soit en effet le producteur de l’album. On l’attend depuis 30 ans…
Note : 4/5

Par Grégoire Zasa


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