legal, drug, money, Lost Boyz

legal, drug, money, Lost Boyz

Universal / Motown, 1996

Encore un album qui a tendance à être oublié dans les méandres du Hip Hop. A vrai dire, les années 90 étaient tellement propice au rap de qualité que certains albums ont pu être oublié au fil des années. Les enfants de cette génération savent et se souviennent de cet album, ou au moins ces singles. Remettons de la lumière sur ce groupe et cet album qui, bien qu’oublié aujourd’hui, a apporté au Hip Hop du début des années 2000.

1995. Quatre garçons perdus de South Jamaica Queens habitués à la pauvreté des quartiers difficiles sortent un premier single qui devient un hit sur toutes les radios, Lifestyles of the Rich & Shameless. Ce single débouche sur la signature d’un premier contrat avec Uptown Records avant de signer sur Universal pour la sortie de leur premier album, legal, drug, money.

Bien que perdus d’apparence, ces quatre garçons ne sortent pas totalement de nulle part. Le rappeur principal du groupe, Mr. Cheeks, n’est autre que le neveu du jazzman et soulman Gill Scott-Heron, et ce dernier l’a pris sous son aile pour lui transmettre les ficelles du métier. Les trois autres ne sont autre que les amis du rappeur principal, avec une contribution parfois incertaine dans le groupe. Si le rôle de Freaky Tah est plus établi en tant que hypeman du groupe avec une participation sur chacune des chansons, le rôle des deux autres, DJ Spigg Nice et Pretty Lou est légèrement plus obscure. Mr Cheeks tient donc de facto la vedette, accompagné des gimmicks et quelques couplets de Freaky Tah. De son côté DJ Spigg Nice a un rôle plus en retrait derrière les platines, bien qu’il ne produise pas. Concernant Pretty Lou, sa contribution sur cet album m’est encore inconnue aujourd’hui puisqu’il est absent de chacune des tracks.

Originaire de South Jamaica dans le Queens, les origines jamaïcaines se ressentent dans l’interprétation des deux rappeurs principaux. Le flow mâchonné à l’articulation incertaine dicté dans un argot typique de Mr. Cheeks est typique de ses origines. De son côté, la voix rauque et brute du hypeman Freaky Tah rappelle étrangement Busta Rhymes, bien que son flow soit plus lent avec une diction marquée. Les deux ont définitivement un style caractéristique qui leur est propre. La ressemblance avec Big L se ressent, bien que Mr. Cheeks n’ait pas son élocution et son flow, aussi talentueux soit-il. Pourtant ce flow enivré et sa livraison hésitante ont un charme certain.

Il est clair que legal, drug, money est marqué dans son époque, à la fois dans les rythmiques et dans les thèmes abordés. Mais Mr. Cheeks a une vision sincère des ghetto de New York, avec une philosophie presque nihiliste, voire fataliste. Ses histoires sont poignantes et véritables. La chute du hit Renee, sortie initialement sur la soundtrack Don’t Be a Menace to South Central While Drinking Your Juice in the Hood, est incroyable. Mr. Cheeks, en solo, conte une histoire d’amour typique du quartier aussi invraisemblable que romantique, la chute apporte tout le côté dramatique à son storytelling. La violence des ghetto rattrape toujours les belles histoires qui peuvent s’y dérouler. Ce titre rappelle d’ailleurs étrangement Me & My Bitch de Notorious BIG sortie trois ans plus tôt.

Mr. Cheeks

Went to the crib
And turned the lights on
A mad magazine stand
From Essence to Right On
A leather couch
Stero system with crazy cd’s
Understand ’cause she got G’z
She said cheeks do what you want
She said I’m gonna feed the dog
I said alright well I’m gonna roll this blunt
She came back with stretch pants and a ponytail, a t-shirt

Les Lost Boyz ne sont pas en recherche de sensation, ils ne recherchent pas à rendre la vie dans les ghettos sexy, ni même à la glorifier. Ils parlent de leurs réalités actuelles et de leurs quotidiens sans se perdre dans le jeu de la violence pour la violence, bien qu’elle soit omniprésente dans leurs vies. Sur Lifestyles of the Rich and Shameless, Mr. Cheeks livre une description des activités illicites auxquelles les jeunes des quartiers s’abandonnent par nécessité de survie avant de finir sur un couplet introspectif dans lequel il montre comment il a réussi à tirer son épingle du jeu. Sur Straight From Da Ghetto, il s’attarde sur les dilemmes moraux qui l’ont forgé et qui l’ont fatalement entrainé dans les histoires louches des ghettos. Mr. Cheeks n’est pas un voyou ostentatoire, ses histoires sont pleines d’humilité et de réalisme tout en étant fatalistes avec un fond de conscience sociale.

Alors que Big Dex, sans doute l’un des premiers collaborateurs des Lost Boyz, va fournir la toile de fond rugueuse de l’album sur la plupart des tracks. Les singles qui ont apporté le succès commercial du groupe sont signés Easy Mo Bee et Mr. Sexxx. Easy Mo Bee confectionne les deux hits Jeeps, Lex Coups, Bimaz & Benz et Lifestyles of the Rich & Shameless avec deux boom bap mélodiques avec des cuivres clairsemés et des batteries claquantes. Mr. Sexx apportera les singles Renee et Music Make Me High. Le premier est une histoire d’amour tragique sur un beat dramatique avec trois notes de clavier pesante, alors que le deuxième est un beat plus dansant où Mr. Cheeks explique que sa drogue et son échappatoire sont finalement la musique sur un refrain rauquement chanté. Le titre d’ouverture sexuellement suggéré The Yearn est de la main de Pete Rock, dont le thème se rapproche de Renne tout en étant plus rude.

Là où les Lost Boyz sont à la fois old school et innovant, c’est dans les refrains chantés. Ils font revenir le refrain à la fois entrainant et brut. Son flow mélodique sera repris un peu plus tard par des artistes de la fin des années 90 et début 2000 comme DMX, Ja Rule, 50 Cent, etc. Les meilleurs exemples sont Get Up, Music Make Me High ou encore Lifestyles of the Rich & Shameless, même si on les retrouve sur la majorité de l’album.

Sans être un classique ou un game changer, legal, drug, money est un album qu’il faut écouter. Un album qui est typique de son époque tout en ayant des particularités attrayantes. La première est le flow mâchonné et chantonné de Mr. Cheeks qui a inspiré une génération, la deuxième est la vision sincère et fataliste de ce dernier, et la troisième sont les hits efficaces et encore aujourd’hui classiques.

Pour finir l’histoire, Lost Boyz sortira un deuxième album lui aussi certifié disque d’or, avant que Freaky Tah soit tragiquement assassiné en 1999 peu avant la sortie de leur troisième album qui connaitra un succès commercial moindre. Cet évènement conduira Mr. Cheeks à démarrer une carrière solo avec un succès mitigé. L’histoire des Lost Boyz fut brève et même si leur empreinte dans le Hip Hop n’est pas restée gravée dans les mémoires, legal, drug, money reste un album qui a sa place dans l’histoire.

Par Grégoire Zasa


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