Strictly Business, EPMD

Strictly Business, EPMD

Fresh / Sleeping Bag, 1988

Alors que la période New School avec des artistes comme Run DMC ou LL Cool J commence tranquillement à toucher à sa fin, le Hip Hop prend un nouveau chemin, un nouveau virage, une nouvelle période, une nouvelle ère. On ne le savait pas à l’époque mais les bases du Hip Hop Golden Age étaient en train de se fonder, pierre par pierre, grâce à des groupes comme EPMD. Bien-sûr, ils ne sont pas les seuls, et malheureusement pas les plus en vue non plus, Eric B. & Rakim, Boogie Down Productions, les Native Tongues ou encore le Juice Crew reçoivent généralement plus de reconnaissance aujourd’hui. Je ne dis pas que ces groupes ne le méritent pas car leurs contributions respectives sont certaines, et chacun d’entre eux ont posé une pierre fondatrice à l’édifice et participé à l’établissement des bases du Hip Hop pour les générations suivantes. Mais EPMD n’est pas en reste. On va voir pourquoi.

EPMD pour Erick Sermon “E” and Parrish Smith aka Parrish Mike Doctor “PMD” ou encore Erick and Parrish Making Dollar. Le groupe originaire de Brentwood, Long Island avait cette volonté de faire bouger les têtes et d’entrainer les foules. En ce sens, ils sont toujours plutôt ancrés dans le rap festif plutôt typique de la période New School, au même titre qu’Eric B. & Rakim d’ailleurs. Les paroles sont toujours légèrement fanfaronantes contrairement à d’autres groupes comme Boogie Down Productions, A Tribe Called Quest ou Public Enemy qui auront une approche plus consciente ou philosophique. Là où Rakim a révolutionné la manière de rapper, EPMD va révolutionner la manière de sampler. Alors que le Hip Hop samplait majoritairement du Disco/Electro à l’image de Mantronix ou Whodini, EPMD apportera un Hip Hop plus axé sur le Funk et dans une moindre mesure le Rock. Eric B. a eu une approche similaire mais EPMD poussera l’art du sampling à un autre niveau. Les mérites dans le domaine leur reviennent bien. 

EPMD, c’est un choix de samples des plus évidents, repris tels quels, issus du funk et du rock pour des beats dansants et un groove tueur, qui fait hocher la tête dès les premières notes. Pris des plus gros hits, on reconnait les samples à la première écoute. L’introduction Strictly Business démarre avec un sample de I Shot The Sheriff, la version d’Eric Clapton du groupe Cream, ils n’auraient pas pu faire plus efficace et entrainant. I’m Housin reprend Rock Steady d’Aretha Franklin pour un beat groovy à souhait. Il propose un funk coulant sur Let The Funk Flow en reprenant It’s the J.B.’s Monaurail des J.B.’s et Nobody Knows You d’Otis Redding. 

You Got’s to Chill met en avant deux magnifiques samples de More Bounce to the Ounce de Zapp et Jungle Boogie de Kool & the Gang pour un mélange Funk/Rock hargneux. On ne peut pas oublier le sample de Cheap Sunglasses de ZZ Top sur You’re a Customer ou le sample de Let Me Come on Home d’Otis Redding sur The Steve Martin qui sont toutes les deux devenues des chansons mythiques du duo.

On l’a compris, l’art du sampling est leur spécialité. Les samples sont posés sur des rythmes de batterie entrainants, d’une simplicité trompeuse et d’une efficacité redoutable. Chacun des morceaux est distinct avec des ambiances variées, parfois plus lent, parfois plus entrainant. La recette du duo est aussi dansante que groovy, parfaite pour n’importe quel B-Boy qui voudrait s’aventurer dans quelques figures. DJ K La Boss réalise un travail prodigieux sur le scratching qui ne vient que renforcer la qualité globale du projet.

Erick Sermon et Parrish Smith avaient tout pour performer, suffisamment hardcore sans être trop gangster, suffisamment intelligents sans se perdre dans une complexité inutile. Pourtant, les punchlines sont toujours fraiches et glissent dans nos tympans comme une douce mélodie tout en percutant suffisamment pour attirer notre attention.

On pourrait qualifier leurs flows de monotones, de simplistes. Ils le sont en un sens, mais ils livrent un rap fluide avec une parfaite alchimie, liant les rimes aux beats d’une manière surprenante. Ils échangent des rimes en se répondant avec une facilité insolente, notamment sur Jane sur un sample de Rick James. Erick Sermon envoie des rimes mémorables alors que Parrish lisse l’ensemble avec un flow lent et sinistre. Ils dégagent une fraicheur remarquable avec une robustesse cachée.

Erick Sermon and PMD

She came behind me and then she rubbed my back
She started moaning and said ‘Yo, let’s hit the sack’
Went to my room because she was kinda bossy
Girl broke buckwild

And started playing horsey
She showed pain but inside she felt joy
Ayo she broke wild and said « Ride em cowboy! »
Three o’clock on the dot
Tired of busting her
Woke up in the morning to my record ‘You’re a Customer’
She left me a note, she called me the medicine
Said next time you have to be better
Bigger
Stronger and much faster

Alors que cet album retentit dans les rues de New York en 1988, son impact est immédiat. Leur business n’étant pas terminé, ils poursuivront dès l’année suivante avec Unfinished Business, et ensuite Business As Usual pour finir avec Business Never Personal avant de se séparer en 1992. Entre temps, ils avaient déjà pu fonder leur propre collectif, le Hit Squad, dans lequel ils ont intégrés des jeunes talents comme Redman, Das EFX, K-Solo ou Knucklehedz. La séparation d’EPMD conduira tragiquement le collectif à se séparer, Erick Sermon créera la Def Squad avec Redman et Keith Murray alors que les autres resteront aux côtés de PMD dans la Hit Squad. 

Même si EPMD n’est pas le groupe le plus cités dans les légendes des années 80, Strictly Business reste l’un des albums les plus influents du Hip Hop pour un des groupes les plus influents. L’art du sampling atteint son apogée quand on prononce le nom d’EPMD, nul doute que cet album a établi les bases pour les futures générations qui ont suivies. Le duo venait de poser leur pierre dans l’édifice naissant du Hip Hop du Golden Age avec une innovation majeure, les fondations d’une nouvelle ère étaient en cours de construction.

Par Grégoire Zasa


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