La fusion du Jazz et du Hip Hop – Partie 2

La fusion du Jazz et du Hip Hop – Partie 2

Le Jazz s’invite dans le Hip Hop

Beaucoup d’artistes Hip Hop se sont illustrés dans le Jazz-rap, mais l’histoire n’a pas toujours été linéaire. Quand le Hip Hop évolue, le sous genre évolue aussi.

La naissance du Jazz-rap dans le Hip Hop remonte à la fin des années 80 avec des groupes comme Gang Starr et les Natives Tongues, qui seront parmi les premiers à sampler des musiques des plus grands artistes de Jazz. Des artistes comme Q-Tip, DJ Premier, ou un peu plus tard Pete Rock, passeront des heures à dénicher des vinyles dans les record stores, et permettront les plus grandes réalisations de ce sous-genre. Ces derniers intégreront des boucles de trompettes, saxophones, basses, etc. dans leurs productions. Et la volonté de s’exprimer passera ici par les paroles avec un contenu généralement politique et afro centré, parfois de manière abstraite comme pour A Tribe Called Quest, parfois plus direct comme pour Gang Starr. Les plus grands albums qui ressortiront de cette période sont The Low End Theory de A Tribe Called Quest, The Main Ingredient de Pete Rock & CL Smooth, Straight Out The Jungle des Jungle Borthers ou encore Daily Operation de Gang Starr pour ne citer qu’eux.

Un peu plus tard, en 1994, des artistes comme Nas et Common sortiront parmi les albums les plus emblématiques du sous-genre avec respectivement Illmatic et Resurrection. Bien que les deux soient sensiblement différents dans le contenu, les samples utilisés sont bien tirés d’albums de Jazz. Alors que Nas décrit les rues de New York avec des métaphores ingénieuses sur des rythmes sombres, Common utilise des rythmes plus smooth pour dicter ses paroles conscientes.

Pour certains groupes, le Jazz-rap était l’unique solution possible. Des groupes comme Digable Planets utilisaient les vinyles de leurs pères, n’ayant rien d’autres sous la main, pour les sampler et intégrer des boucles dans leurs musiques. Il en résultera, à mon avis, l’un des plus grands albums de jazz-rap jamais enregistré avec Reachin en 1993, où ils philosophent avec des rimes abstraites et des références multiples sur le temps et l’espace.

Même si le sample a été la technique la plus utilisée dans l’avènement du Jazz-rap, et dans le rap en général, certains groupes s’illustreront en incluant des instruments organiques lives, comme c’est le cas du groupe The Roots et notamment l’album Do You Want More, incluant des improvisations de Jazz aux côtés de couplets rappés. D’autres, n’ayant pas d’instrumentalistes à leurs côtés, inviteront des artistes de Jazz sur leurs albums. Les plus notables sont De La Soul avec Buhloone Mindstate ou le rappeur de Gang Starr, Guru, avec sa série en quatre volumes des Jazzmattazz. Sur ces albums, on retrouve les plus grands Jazzmen comme Donald Byrd, Maceo Parker ou Courtney Pine.

Alors que la West Coast est généralement considéré comme la terre du Funk pour le rap, le Jazz-rap parviendra jusqu’à Los Angeles avec des groupes qui s’inspireront fortement du mouvement des Native Tongues notamment. En tant qu’outsider, cette scène sera considérée comme la scène alternative du rap de Los Angeles au début des années 90. Les groupes comme The Pharcyde, ou le collectif Freestyle Fellowship en sont les plus grands représentants avec des albums incroyables comme Bizarre Ride II ou Labcabincalifornia pour le premier et To Whom It May Concern ou Innercity Griots pour le deuxième. Les Pharcydes se réapproprient le Jazz-rap avec des paroles comiques et amusantes. De leurs côtés, Freestyle Fellowship excellent avec des lyrics d’une savante complexité et un art du freestyle sans précédent. Plus underground, le groupe The Nonce a aussi marqué les fans de cette époque avec un Jazz-rap hypnotique sur World Ultimate en 1995.

Sur la deuxième moitié des années 90, le sous-genre commence à décliner au profit d’un genre qui sera plus orienté vers la Pop et le RnB, à l’image du label Bad Boy notamment. Pourtant, des artistes vont faire perdurer le jazz-rap en intégrant de plus en plus d’éléments de Soul, notamment le collectif de rappeur, crooner et instrumentalistes des Soulquarians, composé à la fois de pionnier comme Q-Tip, The Roots ou Common, mais aussi de nouveaux venus comme J Dilla, les Slum Village ou Mos Def. Des albums comme Fantastic Vol. 2 de Slum Village, Black On Both Side de Mos Def ou Things Fall Appart de The Roots ont été réalisé pendant cette période du sous-genre.

A partir des années 2000, seuls quelques résistants subsistent. Le Jazz-rap semble avoir perdu de son attrait auprès du grand public. Pourtant avec son album de remixes Shades of Blue en 2003, Mablib fera renaître la période déchue de la Blue Note Records où les plus grands Jazzmen de cette génération se sont illustrés, comme Miles Davis, Art Barkley, Ronnie Foster ou John Coltrane. Windmills of the Soul de Kero One peut aussi être cité comme un excellent album contenant des instruments lives mélangeant Jazz, Funk et Soul. Je terminerai par l’une des dernières tentatives marquantes en date : To Pimp A Butterfly de Kendrick Lamar, qui a réussi à rendre un bel hommage à cette période.

Le Jazz-rap a connu sa période gloire avec des grands albums qui ont marqué l’histoire du Hip Hop. Les nostalgiques du sous-genre, dont je peux parfois faire partie, pourront se consoler en ré-ouvrant les vieux disques de cette époque maintenant échue. 

Retrouves la première partie de l’article :

Par Grégoire Zasa


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