good kid, m.A.A.d city, Kendrick Lamar

good kid, m.A.A.d city, Kendrick Lamar

Top Dawg Entertainment / Aftermath / Interscope, 2012

Kendrick, originaire de Compton, est sans conteste le rappeur le plus marquant de cette dernière décennie. Après un premier album respecté mais presque oublié, Kendrick se fait remarquer par Dr Dre qui le prend sous son aile et le signe sur Aftermath. good kid, m.A.A.d city marquera les débuts de Kendrick dans une major, bien qu’il reste proche de son équipe des débuts, Top Dawg Entertainment. Avec l’appui de Dr Dre et les moyens de distribution d’Interscope, Kendrick sera propulsé sur le devant de la scène avec un album aussi attendu que mémorable. On se souvient tous de la couverture de Kendrick avec Dr Dre sur le magazine XXL, les débuts en indépendant du jeune rappeur sont derrière lui, son arrivé sur la scène mainstream est imminent, pour un album qui sera sa consécration.

Interview avec XXL magazine

The kid that’s trying to escape that influence, trying his best to escape that influence, has always been pulled back in because of circumstances that be.

I couldn’t tell you what type of sound or where I be in the next five years as far as music… Back to the neighborhood and back in that same space where we used to be, got inspired. So this album won’t sound like Section 80.

Alors qu’on retrouve les visages familiers avec lesquels Kendrick s’entoure habituellement, d’autres producteurs plus connus font leurs apparitions, Just Blaze, Pharrell Williams, Scoop DeVille ou Tha Bizness. On pourrait penser que Kendrick perdra son identité de TDE, mais ce sont bien les producteurs qui s’adaptent, tout en apportant leurs touches habituelles. Kendrick souhaite faire ressortir ses influences de Compton sans copier-coller Section 80, son premier album. The Art of Peer Pressure revient sur cette ambiance légèrement G-Funk.

La production entraine dans une sorte d’obscurité avec des beats atmosphériques, parfois presque solennelles. Les boucles subtiles de piano ou de cuivres apportent une forme de douceur profonde, et les batteries génèrent une sorte d’expansion, où Kendrick démontre une capacité d’adaptation incroyable sur les beats. L’ambiance rappelle étrangement les Outkast d’ATLiens et Aquemini. On retrouve la froideur des beats d’ATLiens mais aussi la complexité musicale d’un Aquemini. 

Pourtant, les origines de Kendrick ne s’évaporent pas, les productions sonnent contemporaines mais les spectres de la West Coast réapparaissent avec des influences certaines, qui se ressentent dans les productions. Mais la toile de fond n’est pas fondamentalement West. Même s’il est en conflit avec sa ville, il l’aime, et il souhaite lui rendre hommage, la présence du rappeur le plus recherché de Compton, MC Eiht, sur maad City le montre. Et d’ailleurs, le parallèle avec le discours de Mc Eiht est intéressant, il était certes gangsta, mais les passages introspectifs et pleins de remords se retrouvent dans le discours de Kendrick, avec une production énergique au début évoquant une sorte d’urgence et le drop beat rappelant une forme de dramaturgie.

GKMC est un récit, le récit d’un gamin perdu dans une ville déjà elle-même égarée. Le paradoxe d’aimer sa ville tout en ayant le mal du pays. GKMC est une autobiographie où Kendrick présente divers aspects de sa vie mais aussi le conflit interne qui réside en lui sur son enfance dans sa ville natale. Il aborde les effets néfastes de cette ville sur les populations locales en allant des guerres de gang, de l’oppression des femmes aux difficultés économiques. Les valeurs morales de la famille sont finalement son principal abrit, la famille est son propre refuge, qui le guide et l’éloigne des tentations de cette ville. Cependant, il pense que cette même ville détériore les valeurs familiales avec tous les aspects négatifs qui en découlent.

Kendrick est excellent, il est poignant, véritable, avec des récits intelligents, sans être moralisateur, ni même se lamenter. Son histoire lui permet de critiquer très habilement divers aspects de sa ville tourmentée par la violence et la pauvreté, et les multiples dilemme moraux qui peuvent en découler. Il croit aux valeurs morales et familiales, mais sa ville bien aimée l’abime et le corrompt. Ses histoires et personnages sont prenants, son art du storytelling et l’émotion qu’il dégage rappelle certains de ses prédécesseurs, notamment un certain Slick Rick. Sa capacité a adopté différentes voix en fonction des personnages qu’il interprète rappelle également ce dernier.

Si on retire l’incroyable Compton avec Dr Dre, le vrai morceau final de ce récit, Real, conclue l’album à merveille. Comme avait pu le faire Aceyalone avant lui, ce dernier morceau revient sur la définition de ce qu’est être « real » avec les mises en garde de ses parents sur les dangers de la ville. Mais ce qui est d’autant plus intéressant, c’est la victoire triomphale des valeurs familiales sur la facilité de tomber dans la délinquance. Le récit de Kendrick montre qu’il a compris le message poignant de son père et de sa mère.

Kendrick’s mother

If I don’t hear from you, by tomorrow…
I hope you come back, and learn from your mistakes.
Come back a man, tell your story to these black and brown kids in Compton.
Let ’em know you was just like them, but you still rose from that dark place of violence, becoming a positive person.
But when you do make it, give back, with your words of encouragement,
And that’s the best way to give back.
To your city… And I love you Kendrick,
If I don’t hear you knocking on the door you know where I usually leave the key. Alright? talk to you later, bye.

good kid, m.A.A.d city est un classique des 2010, un récit magnifique avec une grande qualité narrative. L’album représente la victoire des valeurs morales de la famille sur la violence. La victoire d’un enfant perdu qui, malgré la facilité, ne cède pas aux tentations d’une ville pervertissante.

Par Grégoire Zasa


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