La machine à sous de Chingy

La machine à sous de Chingy

« Jackpot », le banger sudiste made in Saint Louis

Capitol / Disturbing The Peace, 2003

Le petit protégé de Ludacris

Pris très rapidement sous l’aile de Ludacris et signé sur Disturbing Tha Peace, le jeune Chingy va débarquer dans le rap game et incarner tous les stéréotypes que les old heads vont reprocher au Hip Hop à cette période. Un Hip Hop de flambeur, mêlant fête, pimpologie et argent, un cocktail parfait pour les bangers de nightclub, mais beaucoup moins apprécié des amateurs de Hip Hop.

Le natif de Saint Louis se forgera un style hybride entre son confrère de la même ville, Nelly, et de son mentor Ludacris. La comparaison est très facile, mais elle est pourtant bien réelle. Chingy aura le côté shiny et pop de Nelly avec un flow chantonné légèrement orienté RnB et le style tapageur et pimp de Ludacris. Et c’est d’ailleurs un peu le paradoxe de Chingy, il reprend le côté pimp et macho de Ludacris et en même temps le côté lover de Nelly, ce qui prouve clairement ses intentions commerciales.

Après tout, Chingy pouvait naturellement envier son concurrent de Saint Louis et son succès, vendant des millions de disques et étant l’un des plus grands vendeurs Hip Hop des années 2000. Chingy touchera sa part du gâteau puisqu’il fera presque triple platine avec Jackpot. Quand on voit le titre de l’album et le blaze du personnage, qui signifie argent en argot, les intentions sont plutôt claires. Mais ce n’est pas nécessairement un point négatif.


Un personnage bling bling à la voix nasillarde

L’argent fait en effet partie intégrante du personnage, au même titre que la teuf et les meufs. Des thèmes récurrents dans le Hip Hop, mais Chingy en a fait sa marque de fabrique avec cet album, et même après. Un album conceptuel ? N’exagérons pas non plus. Disons plutôt que le thème de fond est respecté de A à Z et ça fonctionne, même si ces thèmes bling bling peuvent être lassant à la longue. Mais bon, on est venu écouter des bangers et non un livre de science sociale.

S’il est à la croisée des chemins entre un Nelly et un Ludacris, il a malgré tout une particularité qui peut être à la fois très attrayante, mais aussi très désagréable pour certain : son flow dictée avec sa voix nasillarde. Chingy est un rappeur à la voix et à la diction unique, parfaite pour les bangers. Son flow fonctionne bien dans son registre bling bling clubbing, sa diction légèrement chantonné se prête bien à l’exercice avec une certaine mélodie, mais il manque peut-être de versatilité sur la longueur, de la même manière que sa voix nasillarde peut lasser.


Une production locale pour des bangers efficaces

Entièrement produit par le duo de production local, The Trak Starz, l’album va continuer dans cette logique de Club-Banging. Heureusement me direz-vous, si on nous annonce des bangers, autant que ça fonctionne sur les dancefloors. Et oui, ça fonctionne, en tout cas partiellement. L’objectif est rempli, un album typiquement sudiste, fanfaronnant avec des basses puissantes, des batteries martelantes et des grands coups de synthé électroniques.

Après une introduction qui présente des bruitages de machine à sous, histoire de bien annoncer le concept, les trois premiers morceaux sont vraiment bons et font hocher la tête instantanément. Chingy apporte suffisamment de variations à sa voix et son flow pour tenir nous en haleine sur des productions qui sont taillées spécialement pour lui. La production ciselée de He’s Herre s’adapte parfaitement à son flow, et Chingy le fait très bien. Represent apporte suffisamment de dramaturgie où Chingy montre qu’il peut être plus agressif. Right Thurr se rapproche d’un Jermaine Dupri avec un beat un peu alarmant où Chingy montre une nouvelle fois sa versatilité.

Malgré tout, il ne faut pas s’attarder sur les lyrics, Chingy n’a pas la plume de Ludacris pour apporter des punchlines fracassantes. Les thèmes ne permettent pas non plus une belle poésie lyrique. Même si ce n’est pas ce qu’on est venu chercher, des belles punchlines ou des jeux de mot habiles sont toujours les bienvenus et peuvent aisément rehausser le niveau d’un album, même d’un album de banger. 


Un blockbuster qui manque de sursaut

Après ce trio de tête, l’album sera clairement en dent de scie. Chingy semble perdu dans le thème de One Call Away, et dénote totalement de l’album. Si tous les blockbuster ont besoin d’un moment lover, Chingy n’est définitivement pas fait pour l’exercice, il faut laisser ça à Nelly. Le beat de Wurrs My Cash est beaucoup trop lent pour Chingy, et même s’il peut faire preuve de versatilité, il ne parvient pas à s’emparer du rythme convenablement, pourtant le thème pimp lui collait à la peau. Chingy Jackpot présente une production intéressante avec une petite touche G-Funk, Chingy glisse dessus avec un flow rapide,  même si légèrement poussif. On le retrouve un peu plus dans son élément avec Sample Dat Ass, il apporte un peu de variation dans son intonation avec un refrain chanté sympathique, mais ce n’est pas au niveau d’un Right Turr.

Un nouveau Banger arrive, Gettin It, qui est apparu sur la bande originale de 2 Fast 2 Furious. Un morceau parfait pour les clubs où Chingy s’empare du beat avec un flow saccadé excellent. Si la production ne n’émeut pas particulièrement, le flow de Chingy réveille et fait hocher la tête. Holidae In présente un rythme intéressant rehaussé de quelques touches de synthé attrayantes, mais les participations de Snoop et Ludacris sont tellement commerciales qu’elles en deviennent anecdotiques. Snoop envoie un refrain correcte, mais pas de quoi sauter de sa chaise, le flow de Ludacris apporte quant à lui une bonne alternative à la voix nasillarde de Chingy.

Juice rappelle les bangers de Word Of Mouf de Ludacris avec un refrain répétitif à la Move Bitch et Chingy parvient très bien à s’emparer du beat, qui est plutôt attrayant avec un accord de guitare sur une batterie martelante et un bruitage au synthétiseur sur le refrain. L’album se termine par une production de DJ Quik qui sample magnifiquement Ain’t Got Time de Curtis Mayfiled, le seul sample de l’album. Le beat oscille entre le Funk et la Soul pour une belle mélodie où Chingy arrive à dompter le rythme. Un petit vent d’air frais qui vient très bien conclure l’album.


Si les premiers morceaux de Jackpot sont très réussis avec un Chingy très en forme, le reste de l’album peut devenir légèrement rébarbatif sur la longueur, que ça soit sur la production ou sur le flow. Il y a des morceaux qui fonctionnent bien, d’autres qui sonnent comme des essais un peu ratés. Des alternatives aux bangers sont évidemment les bienvenues, mais il faut les réussir. Chingy rentre dans son personnage à merveille et va jusqu’au bout de son concept. Pris dans sa globalité l’album présente un attrait particulier si on le prend pour ce qu’il est et veut être. Et on peut difficilement lui en vouloir d’être ce qu’il est, un banger sudiste. Dans son domaine, c’est bien fait.

Par Grégoire Zasa


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