La tempête brumeuse et ravageuse d’O.G.C.

La tempête brumeuse et ravageuse d’O.G.C.

« Da Storm », l’orage pluvieux oublié de Duck Down

Duck Down / Priority, 1996

La fondation du collectif le plus méchant de New York

1993, Brownsville, Brooklyn, un jeune rappeur à la ferveur dévastatrice va révolutionner le Hip Hop accompagné d’autres artistes tels que le Wu-Tang et Fat Joe. Buckshot sort Enta Da Stage avec son groupe Black Moon, produit par Da Beatminerz, une révolution crasseuse et une déferlante de violence rageuse. Le Hip Hop change et le gangsta rap made in New York renait. Naturellement, Buckshot ne s’arrête pas là, il accompagne, avec son partenaire d’affaire Dru-Ha, un jeune groupe du même quartier qui a cette même rage au ventre, Smif-N-Wessum, qu’il a introduit sur le premier album de Black Moon. L’album de duo, Dah Shinin, sorti en 1995 sera un succès critique phénoménal sur la scène underground.

Pourtant, comme habituellement dans le Hip Hop, une nouvelle fois les problèmes de royal ties avec la maisons disque apparaissent, et Buckshot décide avec Dru-Ha de fonder sa propre entreprise de management d’artistes, qui évoluera très rapidement en l’un des plus grands labels underground de New York, la Duck Down Music Inc. Buckshot signera ses amis du quartier, originellement The Fab 5, qui sera sépara en deux groupes distincts, Heltah Skeltah, composé de Rock et Sean Price a.k.a. Ruck, et O.G.C. composé de Louieville Sluggah, Starang Wondah et Top Dog. La Boot Camp Clik est née.


La tombée de la tempête Originoo Gunn Clappaz

Les Originoo Gunn Clappaz vont arriver en dernier dans les réalisations du jeune label, mais on a pu les voir très fréquemment sur les réalisations précédentes de leurs compères, notamment sur Dah Shinin et sur Nocturnal de Heltah Skeltah. Le public attendait définitivement l’arrivée du trio de Brownsville. Mais c’est aussi la tragédie des O.G.C., le groupe n’apporte pas de surprise particulière par rapport à leurs compères de la Boot Camp Clik, ils ne sonnent pas réchauffés pour autant, ils parviennent à apporter une touche qui leur est propre, mais ça reste dans la lignée de leurs prédécesseurs, et c’est difficile de passer après les grandes réalisations du label.

Comme pour les autres sorties du label, Da Beatminerz sont à la main à la production, mais plutôt en solo qu’en tant que groupe. On retrouve en effet des productions de Baby Paul, Mr. Walt ou DJ Evil Dee en plus d’une production co-signée E-Swift des Tha Alkaholiks et Mablib. En toute logique, la patte des Beatminerz est présente avec une atmosphère sombre et glaciale composée de boucles de Jazz obscures sur des rythmes bruts. Mais là où Enta Da Stage ou Dah Shinin sonnaient crasseux et bruts, Da Storm va suivre une trame de fond légèrement plus mélodieuse, avec un album qui est presque conceptuel. L’album n’est pas conceptuel à proprement parlé mais il va suivre le thème et l’imagerie de la tempête, et ça se ressent dans les productions. C’est bien là où les O.G.C. vont se démarquer.


Une ambiance pluvieuse et orageuse

On a la douceur de la pluie dans une ambiance brumeuse mais avec la rage de l’orage et la menace d’un coup de tonnerre qui peut retentir à tout moment. En ce sens, Da Storm est plus mélodieux avec une fausse douceur menaçante. Les rythmes de batterie sont pénétrants avec des samples jazzy doux et apaisants tout en étant parfois plus inquiétants ou anxiogènes.

Après une courte introduction, le groupe se lance dans un ego-trip plein de vantardise sur Calm Before Da Storm, parfait pour lancer la tempête. On prend un vent froid venu du Nord sur un rythme digne d’une nuit brumeuse offert par Shaleek. No Fear est légèrement plus menaçante avec un rythme grondant sur des tonalités très graves avec un thème similaire mais qui décrit leur arrivée dans le Hip Hop, sans peur et avec une confiance déconcertante. A tel point qu’ils vont même disser Notorious B.I.G., le beef ne s’est finalement pas envenimé suite à l’intervention des deux maisons de disque, mais qui a malgré tout provoqué un échange musclé entre les deux clans dans les studio de Duck Down.

Arrive l’une des beautés de l’album, Gunn Clapp, composée avec un échantillon de quelques notes mélodieuses reprises de Power de Earth, Wind & Fire, mais Walt en fait quelque chose de sombre tout en étant hypnotique pour une douceur à la fois inquiétante et apaisante. C’est simplement irrésistible et démontre la puissance d’un bon sampling. Suit le solo de Starang Wondah, sans doute le rappeur le plus affuté du trio avec Hurricane Starang, une véritable tempête de jeux de mots habiles avec un flow ravageur et précis sur un sample de xylophone méditatif repris de Country Roads de The Gary Burton Quartet.


La menace permanente d’un coup de tonnerre

Danjer sera beaucoup plus menaçant avec un rythme brut et une ligne de basse grondante signés Baby Paul. Si Starang est la tête du groupe, Louieville et Top Dogg démontrent ici qu’ils s’en sortent eux aussi à merveille avec un enchainement de couplets exceptionnels et des flow agressifs. Ils se réunissent tous les trois sur Da Storm avec un couplet chacun et un refrain chantés ensemble qui prouvent toute l’alchimie du groupe sur un rythme lourd surmonté de deux notes aigues de DJ Evil Dee.

Sadat X rejoint le trio sur Wild Cowboys in Bucktown pour apposer avec son flow versatile des lyrics habiles sur un sifflement long de DJ Ogee. Les trois morceaux suivants fonctionneront de la même manière, un rythme lourd, un sample doux de Jazz et des lyrics évocatrices habituelles du trio. Si elles ne sont pas les meilleures de l’album, elles coulent toutes seules comme l’eau s’écoulant dans un ruisseau.

La chanson finale, Flappin, produite par Madlib et E-Swift ne pourrait pas faire une meilleure conclusion. Flappin fonctionne parfaitement avec une petite flute au refrain qui vient contraster habilement un beat menaçant et grondant composé d’une harpe et d’une basse repris de Paramahansa Lake de Alice Coltrane. Simplement magnifique.


Da Storm est trop souvent oublié au détriment des réalisations précédentes de la Boot Camp Clik. Le trio de rappeur n’est en effet pas le plus mémorable du collectif, notamment comparé à la versatilité de Buckshot, l’habilité de Tek et Steele de Smif-N-Wessum ou la lyricalité de Sean Price, mais ils sont capables d’envoyer des jeux de mot habiles et de rapper avec des flow très convaincants, notamment Starang Wondah, tout en proposant une belle alchimie de groupe.

L’album étant le dernier de la lignée avant l’arrivée des albums de collectif et la deuxième vague d’albums des différents groupes, l’effet de surprise était évaporé. Da Storm n’est pas forcément le meilleur de la Boot Camp Clik mais son ambiance est unique et la production est peut-être la plus aboutie, l’alliance entre la douceur et l’obscurité lui donne tout son attrait avec une ambiance globale brumeuse et calme. Ne le délaissez pas, sortez l’enceinte et préparez-vous pour la douce tempête.

Par Grégoire Zasa


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