L’ascension sur le toit du monde de 8Ball & MJG

L’ascension sur le toit du monde de 8Ball & MJG

« On The Top of the World », le Funk made in Memphis

Suave House / Relativity, 1995

« L’ascension au sommet du groupe underground de Memphis »

Si on devait parler de rap de niche, le rap de Memphis des années 90 tiendrait probablement la palme. S’il y a une scène underground parmi les scènes underground, Memphis est sans doute celle qui apparait en premier, au moins dans les années 90. Même si les Three 6 Mafia ont donné un peu de visibilité à cette ville du Tennessee perdue au milieu des États-Unis, la ville n’est pas la plus prolifique en terme de Hip Hop. Malgré tout, certains groupes méritent qu’on s’y attarde.

8Ball & MJG font partie de cette catégorie. Sous leurs airs underground, le duo ne l’est finalement pas tant que ça. Après une demo vendue sur la scène locale, Listen To The lyrics en 1991, le groupe signe sur le label de Tony Draper, Suave House Records. Avec leur premier album, Comin Out Hard, le duo parvient à se hisser dans le top 40 du Billboard 200, ce n’est certes pas énorme mais pour un petit groupe de Memphis sans maison de distribution et avec un faible budget, la performance reste très louable. Après que Tony Draper ait signé un contrat de distribution avec Relativity Records, le duo peut finalement prétendre à plus grand avec son deuxième album, On the Outside Looking In, malheureusement le succès n’est pas au rendez-vous. Mais c’est bien avec leur troisième album, On Top of the World en 1995, que 8Ball & MJG vont connaitre le succès. Avec cet opus, tout en étant certifié gold, le groupe parvient à se hisser dans le top 8 du Billboard 200 et dans le top 2 du Billboard Top R&B/Hip-Hop Albums, avec la concurrence qui règne sur l’année 1995 dans le Hip Hop, la performance est exceptionnelle.


« Des beats homemade pour un style de G-Funk Memphissien »

Revenons plus en détails sur l’album et ce qui a pu générer un tel succès. Commençons par cette couverture typique du rap du Sud dont ils sont quasiment les pionniers. Comme pour leurs deux premiers albums, la cover est réalisée par la compagnie de design Pen & Pixel Graphics. Pen & Pixel s’illustrera plus tard avec ses couvertures pour No Limit et Cash Money, entre autres. On peut en penser ce qu’on veut, mais on ne peut nier que ces couvertures sont devenues iconiques et un emblème du Dirty South grâce à son style marqué reconnaissable entre mille, aussi laide puisse-t-elle être. Est-ce un facteur de succès ? Pas vraiment, mais cela a au moins le mérite d’annoncer ce qu’on va écouter.

Alors même qu’ils viennent de Memphis, On The Top Of The World s’établit dans un style hybride entre un G-Funk de Los Angeles et de la Bay Area. Rien de particulièrement original dans une époque où les albums G-Funk sont légions, malgré tout la production de T-Mix sonne toujours fraiche avec des mélodies à la fois douces et brutes. Comme souvent pour les albums de Memphis, la production est presque intégralement réalisée sans utilisation de sample, probablement à cause d’un manque de budget dans une période où les samples devenaient de plus en plus chères à financer pour les maisons de production. En effet, en dehors des samples vocaux, seulement Top Of The World contient un sample de The Look of Love d’Isaac Hayes. Et même s’il s’agit d’un des meilleurs morceaux de l’album, les compositions de T-Mix n’ont pas à rougir comparées à leurs concurrentes de Los Angeles qui sont généralement basées sur un riff/hook emprunté des titres à succès des plus grands compositeurs de Funk.

Entre les productions plus brutes avec des bruits sifflants comme le morceaux d’introduction Pimp In My Own Rhyme, les rythmes horrocore stressants de What Can I Do, les funk Clintonien entrainants de Funk Mission, les mélodies douces et reposantes de Space Age Pimpin, les beats de T-Mix sont définitivement efficaces avec une ligne directive homogène et cohérente. Tout n’est pas parfait et certains morceaux peuvent sembler tellement similaires qu’ils en sont dispensables, mais l’album s’écoute avec beaucoup de plaisir de bout en bout.


« De la pimpologie de hustlers pour des histoires captivantes »

La production a indéniablement contribué au succès de l’album grâce à ces rythmes imbibés de funk, mais les performances de 8Ball et MJG ne sont pas en reste. En fait, ils se fondent tellement bien dans les mélodies de T-Mix avec une complémentarité intrigante. Alors que 8Ball provoque avec sa voix grave, le style légèrement plus doux de MJG berce dans une mélodie plus calme. Les deux compères racontent leurs histoires de gangsters avec un côté conscient tout en étant ostentatoire, mais les jeux de mots sont travaillés et les rimes sont malignes. Toujours dans leurs personnages de pimp et hustlers, ils peuvent se montrer à la fois très trash tout en abordant aussi des sujets futiles, comme la fumette. Les deux rappeurs parviennent à confectionner des histoires captivantes sur des sujets qui peuvent paraître de prime abord limités.

On The Top of the World marque l’ascension du duo, et de Suave House, dans l’industrie du Hip Hop avec une reconnaissance et une approbation à la fois des fans de la première heure mais aussi des nouveaux venus. Cet album est la preuve que l’appui d’une maison de distribution est presque indispensable, ou au moins facilite, le succès commercial. Bien-sûr, cela ne suffit pas, le groupe est rempli de talent et l’album est excellent, mais serait-il parvenu à cette ascension sans la maison de distribution ? Probablement pas à ce niveau en tout cas. L’album suivant, In Our Life Time, renouvèlera l’exploit mais cette fois avec Universal, avant que le duo quitte Suave House pour JCOR Entertainment pour un album et ensuite pour Bad Boy South.


On The Top of the World est sans doute le meilleur album du groupe, en concurrence directe avec Comin Out Hard qui est plus brut et plus hard dans les sonorités. L’album a su marquer par ses sonorités mélodieuses aux influences G-Funk. Un classique ? J’aurai plutôt tendance à le considérer comme un excellent album qu’il faut connaître et un incontournable du rap de Memphis.

Par Grégoire Zasa


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