Obie Trice, real name, no gimmicks !

Obie Trice, real name, no gimmicks !

« Cheers », la représentation humble du rappeur de Détroit

Shady / Interscope, 2003

« De l’underground de Detroit au roster de Dr. Dre et Eminem »

Alors que Dr. Dre commence une nouvelle fois à s’emparer du pouvoir du Hip Hop mainstream en prenant les premières places des charts, l’empire du producteur de Compton sera cette fois-ci beaucoup plus globale. Sa première prise de pouvoir était plutôt typiquement West Coast avec le G-Funk. Après une légère absence depuis son départ de Death Row au milieu des années 90 pour fonder Aftermath, Dr. Dre confectionnait en réalité quelques choses pour revenir encore plus grand. 2001 prendra d’assaut les charts en 1999 avec un style toujours gangsta et West Coast, mais moins marqué qu’avant. Bien sûr, Dre n’est pas le seul à l’époque à être en tête des charts, d’autres comme DMX, Jay-Z et légèrement plus tard Ja Rule auront leurs parts de succès de leurs côtés. 

Pourtant, cette fois la prise de pouvoir de Dr. Dre ne sera pas uniquement sur la West Coast. Son nouveau poulain originaire de Detroit, Eminem, prendra lui aussi le Hip Hop d’assaut à partir de 1999. 50 Cent suivra au début des années 2000 avec son groupe, le G-Unit. Chacun fondera sa petite écurie sous Interscope et affilié à Aftermath, Shady Records pour Eminem et G-Unit Records pour 50 Cent. Trois marques finalement très puissantes au début des années 2000, à tel point qu’ils feront tomber l’écurie concurrente menée par Ivr Gotti et avec comme star Ja Rule, la Murder Inc. L’empire monté par Dr. Dre n’est plus uniquement établie à Los Angeles, mais devient beaucoup plus globale avec une conquête de Détroit avec Eminem et les D12 et de New York avec 50 Cent et le G-Unit.

Repéré par Eminem, le jeune rappeur de Détroit, Obie Trice, commence à faire ses armes au début des années 2000 au milieu de ce triptyque mené par Dr. Dre. Après quelques apparitions sur les albums d’Eminem, il signe un contrat avec ce dernier sur Shady. Pourtant, il devra attendre patiemment son tour et passera après 50 Cent et son Get Rich or Die Tryin. Finalement, Obie Trice finit par sortir Cheers en septembre 2003, au milieu de toutes réalisations des trois maisons réunis, 8 Mile, The Eminem Show, Get Rich or Die Tryin et Beg For Mercy. Obie doit parvenir à se faire une place parmi toutes ses sorties à succès de ses alliés, mais en contrepartie il bénéficie aussi de la visibilité et du soutien de son crew qui est au top de sa forme à cette époque.


« L’humilité d’un homme normal sans prétention »

Dans un style moins gangsta que 50 Cent et moins tapageur qu’Eminem, Obie Trice se montre en un sens plus street, plus humble et plus sincère, finalement beaucoup moins ostentatoire que le style habituel des trois maisons réunis. Son humilité doit être saluée, se considérant lui-même comme un « average man », sans prétention et sans fioriture, il reste lui-même, sa célèbre accroche le démontre « Obie Trice, real name, no gimmicks ». Le morceau introductif Average Man décrit parfaitement l’état d’esprit du rappeur de Détroit. Il se félicite de sa réussite en toute modestie sur Cheers, sans oublier ses amis d’enfance avec lesquels il a grandi dans les rues de sa ville natale. En réalité, Obie Trice conserve toujours sa crédibilité street sans être fondamentalement gangsta.

Cheers offre un bon mélange entre morceaux plus humoristiques avec Got Some Teeth ou Hoodrats, des morceaux plus streets avec des histoires de quartier décomplexées et des passages plus introspectifs comme sur Average Man, Oh ou The Set up. Entre les éloges sincères à sa mère sur Don’t Come Down et Follow my Life, des morceaux plus misogynes viennent se greffer comme Bad Bitch ou Look In My Eyes. Obie s’en sort finalement très bien avec une vision sincère et des rimes pleines d’esprit, même si on sent certains morceaux plus racoleurs, ça fonctionne toujours bien. 

Les qualités lyricales d’Obie Trice sont plutôt bonnes et sa stature d’homme modeste qui n’a rien à cacher lui donne un certain attrait, même si on ne le retiendra pas forcément parmi cent rappeurs. Sa performance au micro est honorable bien que son flow puisse lasser sur la longueur, les différents invités viennent casser une certaine monotonie.


« L’appuie d’une équipe en pleine ascension »

Même si Obie a des qualités certaines pour réussir, son équipe lui permet de briller incontestablement. Toute l’équipe est au complet pour l’entourer avec à la fois des productions de qualité très ancrées dans l’ère de Aftermath/Shady/G-Unit, et des invités reconnus. Eminem assure sans surprise une majeure partie de la production accompagné de Luis Resto. Dr. Dre lui offre également quatre productions qualitatives, et Timbaland, Mr. Porter et Fredwreck viennent compléter la tracklist avec une production chacun. Les invités habituels de cette équipe viennent aussi prêter mains fortes avec deux refrains de Nate Dogg, un de Busta Rhymes et des couplets des membres du G-Unit, des D12, sans oublier Eminem et Dr. Dre.

Une fois qu’on a dit ça, on suppose que l’album fonctionne à merveille, et c’est le cas. On se retrouve dans un style Eminemien rehaussé par quelques mises au point de Dr. Dre. On passe d’un martèlement inquiétant de clavier sur Average Man, d’une production plus décontractée sur Got Some Teeth à une petite ballade soulful à la Kanye West avec un cœur d’enfant chanté au refrain sur Don’t Come Down. Timbaland offre une production electro-psychédélique sur Bad Bitch avec un refrain de Nate. De son côté, Fredwreck propose des guitares graves sur Follow My Life et Mr. Porter revient à un morceau comiquement funky avec Spread Yo Shit accompagné de Kon Artis des D12. We All Die One Day propose un morceau plus gangsta qui aurait pu se retrouver aisément sur Get Rich or Die Tryin.

Les compositions concoctées par Dr. Dre sont toujours dans le thème et fonctionnent toujours aussi bien dans un style qui lui est finalement habituel à cette période. Les touches de piano de Oh avec Busta Rhymes, le synthé tremblotant de Shit Hit The Fan ou les bruits sourds et étouffés de The Set Up sont tous inhérent à la marque de fabrique du producteur de Compton. 

Plus surprenant pour un album d’Obie Trice, on retrouve plusieurs diss-tracks. En réalité, ça attaque même beaucoup. Ja Rule se fait explosé par Dre sur Shit Hit The Fan, We All Die One Day attaque Benzino et Irv Gotti, et l’Outro s’en prend directement à R. Kelly et l’équipe de Muder Inc. Même si les lignes ne viennent pas toujours directement d’Obie Trice, le nombre de diss-tracks restent assez élevés pour un artiste qui semble d’apparence plus éloignés des conflits.


L’album présente une belle homogénéité tout en assurant une bonne variabilité, on ne s’ennuie pas. Obie a eu l’aubaine d’avoir Eminem en tant que producteur exécutif ainsi qu’une paire d’invités prestigieux pour son premier album, bien que sa performance personnelle doive aussi être saluée autant sur les lyrics que sur le flow. Cheers est un album qui s’inscrit dans l’époque de gloire d’un empire qui a régné sur le Hip Hop pendant quelques années. Bien que moins connu que d’autres réalisations, Cheers n’a pas rougir auprès de ses concurrents. On trinque avec lui volontier et on se resserre. Cheers.

Par Grégoire Zasa


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