No One Can Do It Better, The D.O.C.

No One Can Do It Better, The D.O.C.

Atlantic / Ruthless, 1989

Né à Houston et ayant grandi à Dallas, The D.O.C., connu sous le nom de Doc-T, démarre sa carrière dans le Hip Hop dès l’adolescence au début des années 80 avec son groupe Fila Fresh Crew aux côtés de Fresh K et Dr. Rock. Ce dernier s’associe avec Dr. Dre dans le World Class Wreckin’ Cru, ce qui leur permettra plus tard de rencontrer les autres membres de Ruthless et N.W.A. Le Fila Fresh Crew apparaitra d’ailleurs sur la première compilation de N.W.A., N.W.A. and The Posse sortie en 1987. Après un premier album avec son groupe, Tuffest Man Alive, en 1988, Fila Fresh Crew se séparera et The D.O.C. continuera une carrière solo avec un contrat chez Ruthless et s’installera à Los Angeles.

Tout en évoluant à côté de N.W.A., The D.O.C. a réussi à obtenir un premier album solo, No One Can Do It Better sortie en 1989, entièrement produit par Dr. Dre avec qui il était très proche. Dr. Dre a toujours su dénicher et reconnaitre les talents, The D.O.C. fut le premier, et ensemble ils ont fait l’un des meilleurs albums de rap de la fin des années 80.

Bien que n’ayant jamais été un membre officiel de N.W.A., The D.O.C. a toujours été très proche de ses membres. Il a par ailleurs écris une partie des lyrics de Straight Outta Compton pour Dr. Dre ou Eazy-E aux côtés d’Ice Cube et MC Ren, ainsi que réalisé une appariation sur le morceau Parental Discretion Iz Advised. En tant que lyriciste très habile, le rappeur de Dallas a toujours été dans l’ombre d’Ice Cube, et dans une moindre mesure de MC Ren, tous les deux membres officiels du groupe. Pourtant, The D.O.C. est extrêmement talentueux, j’irai même jusqu’à dire qu’il est le meilleur lyriciste de Ruthless, si ça peut se discuter par rapport à Ice Cube, c’est déjà moins discutable comparé à MC Ren.

Alors qu’il a été le « ghost » writer de Dr Dre pendant très longtemps, notamment pendant sa période N.W.A. mais surtout pour The Chronic, The D.O.C. a un style beaucoup plus recherché que Ice Cube et MC Ren, qui sont beaucoup plus directs et agressifs dans la narration. Je ne remets pas en cause les talents d’écriture des deux paroliers de N.W.A., ce gangsta rap agressif, sans concession et revendicateur est bien-sûr ce qui plaisait aux auditeurs, mais The D.O.C. avait une capacité à rester street et gangsta tout en étant beaucoup plus habile et subtil.

Mind Blowin, The D.O.C.

A little something for the bretheren with intellect to truly understand it
It’s like a message from the one who’s gettin candid
Making a mark on the strength with rhyme ain’t like nuttin
when you’re pumpin, somethin that’s bumpin
Did it, cause it’s like I had to make one
Better than the last one, cause a mistake? None!
But somethin new, was needed in the mix to
make it as lethal, so lethal that I would think you
couldn’t be made to invade certain areas
No other jurisdiction, but that was fiction!
As you progress, and you’re enlightened
And the better you’re writin by never bitin you’re excitin
to the crowd, club, congregation, or gatherin
Homies in the street they’ll be thinkin you O.G.!
Smooth, wordy example of how I’m livin
By gettin this prime, pumpin records that’ll blow your mind

Fan des groupes comme public Enemy ou Run D.M.C, et globalement de la East Coast, The D.O.C. s’inspire totalement de ce style plus subtil pour écrire ses paroles. Et c’est aussi ce qui le différencie de N.W.A. avec une tendance beaucoup moins revendicatrice, ou tout du moins beaucoup plus fine dans l’écriture. Il a une capacité incroyable à créer des rimes intelligentes tout en restant suffisamment street et gangsta, il ne trompe pas son auditoire. The D.O.C. ne parait pas prétentieux ou encore suffisant au micro, il souhaite qu’on comprenne son message sans insulter l’intelligence de son public, avec un vocabulaire à la fois simple et recherché. Il ne va pas rechercher la métaphore la plus complexe qui pourrait entraver la compréhension pour tous, au contraire, il va trouver des rimes efficaces qui glissent dans l’oreille sans pour autant être trop direct ou agressif. Le rappeur de Dallas a tout d’un orateur dans l’écriture des textes.

Au-delàs de son talent de lyriciste, son talent de rimeur est stupéfiant, The D.O.C. ne fait pas de fausse rime, elle frappe toute l’oreille de manière juste. Il glisse ses rimes en travers des lignes tout en restant parfaitement dans le beat, il ne loupe pas un seul battement. Son contrôle de la respiration est prodigieux, même avec un flow cadencé, Lend Me An Ear, ou plus lent, Mind Blowin, il reste toujours fluide et percutant avec un naturel indécent et une voix rauque imposante. Une vraie prestance au micro.

Ajouté la prestance de DOC aux productions de Dre, on obtient un cocktail explosif classique. La ligne de basse de It’s Funky Enough est incroyablement mélodieuse. La plupart des morceaux sont funky avec un mélange de synthé, boites à rythmes et instruments live. Mais on retrouve aussi des influences rock, très perceptible avec le riff de guitare électrique de Beautiful But Deadly, inspiré de Run D.M.C et Public Enemy. Let The Bass Go a un petit air funky avec son sample de No Name Bar d’Isaac Hayes. Le petit sifflement de flute sur le refrain de The Formula est magnifique, sans compté l’incroyable clôture instrumentale du morceau. On parle de l’alchimie de Dre et Snoop, même si elle est moins flagrante entre Dr. Dre et The D.O.C., elle est présente. L’orchestration et le mixage sont parfait pour une ambiance unique maitrisée avec précision.

Malheureusement, quelques mois après la sortie de l’album, The D.O.C. subira un accident de voiture presque fatal, qui affectera irrémédiablement ses cordes vocales. Même si on pourra toujours profiter de ses talents d’écriture sur des albums comme The Chronic, ses talents de maître de cérémonie sont définitivement anéantis. Même si on aura d’autres albums comme Helter Skelter ou Deuce, The D.O.C. ne sera plus jamais le même.

Aussi tragique que son accident sont la reconnaissance de The D.O.C. en tant que MC et lyriciste, et la place qu’occupe No One Can Do It Better dans le Hip Hop aujourd’hui. Un album hors norme, pas d’équivalent, parfait en tout point, et qui pourtant semble être tombé dans l’oubli de la culture Hip Hop collective. Malgré tout, le premier album de The D.O.C. est une masterpiece du rap. Et c’est seulement en écoutant cet album qu’on comprend ce que le Hip Hop a perdu à la suite de cet accident. Personne ne pouvait le faire aussi bien que lui à cette époque.

Par Grégoire Zasa


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