Lord Willin, Clipse

Lord Willin, Clipse

Arista / Star Trak, 2002

Les deux frères Thornton, nés dans le Bronx avant de déménager à Virginia Beach durant leurs enfances, ont d’abord trempé dans le trafic de cocaïne avant d’avoir une carrière dans la musique. Ayant grandi dans des conditions précaires dans les quartiers défavorisés de Virginia Beach, le duo y voyait un moyen de survivre et s’en sortir financièrement.

En parallèle, les deux frères essayaient de trouver un autre moyen de se faire de l’argent : la musique. Le grand frère, Gene, se lance dans une carrière solo dès le début des années 90 et forme ensuite le groupe Jarvis. La carrière solo du jeune rappeur, ainsi que son groupe, peine à décoller avant qu’il rencontre Pharrell Williams, lui-même étant à ce moment encore peu connu. Avec son compère Chad Hugo sous le nom de The Neptunes, le duo de producteur cherchait également à se faire une place dans le Hip Hop avec quelques productions, notamment pour N.O.R.E ou l’équipe de Bad Boys Record.

A l’époque, le petit frère, Terrence, était un simple spectateur et ne rappait pas, jusqu’au moment où il se décide à se lancer et impressionne à la fois son grand frère et Pharrell. C’est ainsi que sont nés les Clipse au début des années 90, connu sous leurs noms respectifs de Malicious et Terrar. Au retour du service de Malicious dans l’armée en 1994, avec l’appui de Pharrell, le duo signe un contrat avec Elektra. Un premier album est en préparation, Exclusive Audio Footage, entièrement produit par The Neptunes. Le duo sort un premier single sous Elektra, The Funeral, leur permettant de se faire connaître des amateurs de Hip Hop. Bien que le single soit d’une qualité décente et fait apparaitre les qualités narratives du duo, le morceau peine à décoller, ce qui entrainera l’abandon du projet, et du groupe, par la maison de disque.

Pour autant et malgré le succès de Kaleidoscope de Kelis en 1999 entièrement produit par The Neptunes, Pharrell ne lâche pas ses amis de Virginia Beach et signera le duo sur sa nouvelle maison de disque fraichement fondée, Star Trak Entertainment, dès 2001. Les deux frères changent alors de nom pour Malice et Pusha T. Les sessions d’enregistrement entre les quatre compères de Virginia Beach démarrent pour un nouvel album, Lord Willin.

Malgré les débuts difficiles du duo, les deux frères ont pourtant un art de la narration pour les histoires malsaines qui rappelle Kool G Rap. On peut remercier Pharrell d’avoir soutenu ce duo et les faire émerger de la scène si peu connue de Virginia Beach. Et même si la narration a des airs New Yorkais, ils tiennent à ce qu’on sache qu’ils viennent de Virginia Beach, à commencer par la couverture avec ce décor et le panneau de la ville côtière de Virginie. A l’exception des quelques invités présents, il s’agit d’un album 100% made in Virgnia avec un style totalement Neptunien.

Les productions des Neptunes font en partie la beauté de cet album et portent la marque de fabrique du duo, et c’est exactement pour cela qu’il ne s’agit pas d’un album New Yorkais. Les lyrics contant une enfance difficile dans les rues défavorisées d’une grande ville ne sont pas une nouveauté en soit. L’originalité vient du contraste avec les paroles sombres et les productions des Neptunes qui sont aussi surprenantes que détonantes. Les beats électro-synthé avec des battements de caisses claires omniprésents produisent un résultat à la fois sombre et joyeux. Young Boy présente un texte dur contrasté par un saxophone et un chant en falsetto joyeux de Pharrell pour lequel il deviendra connu.

Plus sombre dans l’approche, Virginia communique une ambiance glaciale et dramatique alors que Grindin propose un beat indescriptible bourré de claquements et de battements de caisse claire, c’est à la fois brut et travaillé avec un grognement rageur au refrain. When The Last Time est plus proche d’un banger festif électroniquement funky. Les Neptunes parviennent à assembler des éléments bruts et des éléments travaillés avec un effet déconstruit, superposé, saccadé. On a la fois la chaleur du Sud et la noirceur de New York. L’effet est là avec une ambiance sudiste sur des airs New Yorkais. 

Baignés dans le milieu de la drogue au milieu de trafiquants de coke, Malice et Pusha T content leurs histoires avec un aspect dramaturgique plein d’émotions. Ils ont besoin de nous dire ce qu’ils ont sur le cœur et narré leurs vécus, fiers d’en être sorti mais pourtant marqués par cette période sombre de leurs vies. Tout au long de l’album, ils nous racontent leurs aventures effrayantes dans les ruelles de Virginia Beach avec une qualité narrative épatante, notamment sur Virginia. Ils nous décrivent leurs enfances difficiles dans l’émouvant Young Boy. Lord Willin est le récit narratif de deux gamins qui ont réussi à s’en sortir dans l’adversité, à la fois avec de l’arrogance et de la modestie.

Les Clipse présentent un rap dur lyricalement qui contient tous les codes du gangsta rap New Yorkais, tout en réinventant la musique sur les beats originaux et avant-gardistes des Neptunes. Un croisement plein de créativité qui permet aux Clipse de s’inscrire dans un style qui leur est propre, brisant au passage les codes du rap plus gangsta de New York. Lord Willin marquera aussi l’apogée de la carrière des Netpunes, une époque à laquelle il fallait absolument un beat des Neptunes sur son album, sans compté leur collaboration avec Snoop Dogg.

Par Grégoire Zasa


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