Rule 3:36, Ja Rule

Rule 3:36, Ja Rule

Murder Inc / Def Jam, 2000

Le R&B commence à envahir le Hip Hop. Les refrains chantés se font de plus en plus présents parmi les couplets rappés des rappeurs. Une tendance qui a été initiée par Puff Daddy déjà sur les albums de Notorious BIG, et plus particulièrement sur Life After Death. Commercialement, c’est un très bon move de Puff Daddy puisque ça rend les morceaux plus radio friendly et permet de toucher un nouveau public tout en touchant le public Hip Hop. Musicalement, c’est plus discutable, ça peut enlever un peu d’authenticité dans le Hip Hop qui a pour habitude d’être plus hardcore.

Le rap/R&B sera la tendance du début des années 2000, portés par des artistes comme Ja Rule, Nelly et également 50 Cent. Ja Rule en sera l’une des figures majeures, avec le succès commercial qui va avec. Pourtant, avant de devenir l’une des stars majeures du rap/R&B, inspirés de 2pac et de Biggie, Ja Rule ne semblait pas prendre cette direction.

En réalité, un groupe appelé Murder Inc. avec Jay-Z, DMX et Ja Rule devait voir le jour, sous l’impulsion de Irv Gotti. Quelques tracks réunissant le trio sont d’ailleurs sorties, notamment Time To Build de Mic Geronimo sur The Natural en 1995 ou encore Murdergram sur la soundtrack Streets Is Watching en 1998. Bien que quelques tracks aient été enregistrés pour un album commun, la relation conflictuelle entre Jay-Z et DMX empêchera le projet de se concrétiser. Jay-Z continuera de son côté avec son propre label Roc-A-Fella sous Def Jam, DMX sur Ruff Ryders et Ja Rule signera pour un premier album sur Murder Inc. avec Irv Gotti. Bien que ces trois artistes continuent leurs chemins chacun de leurs côtés, ils deviendront tous les trois parmi les plus grosses figures du rap New Yorkais de la fin des années 90 et du début des années 2000, tant commercialement que musicalement. 

Avec Irv Gotti comme manager et producteur, Ja Rule sortira un premier album Venni Vetti Vecci en 1999, qui sera fortement acclamé par la critique et deviendra multi-platine, notamment grace au succès du single Holla Holla. Ja Rule, toujours à cette époque avec Jay-Z et DMX à ses côtés, se glisse directement dans les top rappeurs du moment. Pourtant, l’identité musicale de Ja Rule n’est pas encore totalement définie, et ce premier album sonne plus comme un second DMX avec sa voix rauque et un peu bourrue, que ce dernier lui reprochera.

Une fois la rupture définitive entre les trois membres du présupposé groupe, Ja Rule commencera à définir sa propre identité, un style à mi-chemin entre le rap de Thug brut et hardcore et un R&B de lover plus sensible et émotif. Un contraste très intéressant inspiré de 2pac qu’il commencera à exploiter dès Rule 3:36. 

Avec cet album, Ja Rule se fait son personnage de murderer avec un rap gangsta et violent, tout en intégrant de nombreux refrains chantés et avec des morceaux plus doux. Ja est un thug lover, qui n’a pas peur de confesser ses sentiments, parfois même ses faiblesses quand il s’agit d’amour. C’est le contraste entre la dureté de certaines paroles et le côté bourru de la voix rocailleuse du rappeur du Queens avec la douceur du R&B qui est très intéressant ici. Avec sa voix grave et grésillante, les passages chantés sont très convaincants notamment combinés avec les différentes artistes féminines qui l’accompagnent aux refrains, notamment Vita, Christina Milian ou Lil Mo.

Même si l’intention est clairement mainstream avec une paire de hit radio-friendly, notamment Put It On Me ou I Cry, d’autres titres plus durs viennent se glisser. Les productions partagées entre Irv Gotti et Lil Rob tiennent en haleine avec des rythmes lents et globalement sombres. Die est un titre aussi violent dans l’interprétation qu’obscur dans le beat, Extasy apporte la touche plus funky et Between Me & You fait voyager avec ses sonorités légèrement orientales. La guitare rock de Watching Me apporte son lot de brutalité où Ja Rule est libre de s’exprimer avec son ego trip gangsta, alors qu’il est plus sincère sur I Cry avec un beat très doux et mélodieux. La fausse schizophrénie de Love Me, Hate Me est intéressante dans la construction.

Ja Rule sera l’un des acteurs majeurs de la RnBification du Hip Hop au début des années 2000, et c’est avec cet album qu’il enclenche le processus. A mi-chemin entre la dureté de Venni Vetti Vecci et le rap/R&B de Pain Is Love, 3:36 est un bel équilibre entre férocité et douceur. Certes, c’est commercial, mais Ja Rule possède ce petit plus avec sa voix rocailleuse et ses refrains chantés qui font son identité.

Par Grégoire Zasa


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