La culture Hyphy : un mouvement de la Bay Area – Part. 2

La culture Hyphy : un mouvement de la Bay Area – Part. 2

Les codes de la culture Hyphy

Le terme Hyphy, qui aurait été inventé par Keak Da Sneak, est dérivé du mot Hyperactive signifiant « excité » ou « énervé ». Le mot fait directement référence à la danse typique du mouvement caractérisée par un style à la fois insouciant et énergique. Mais en réalité, le mot Hyphy se réfère à l’état d’esprit de la culture elle-même, être « hyphy » est un état, une manière de vivre et une manière de s’exprimer. 

Le mot Thizz est également associé au mouvement et peut avoir plusieurs significations. Popularisé par le rappeur Mac Dre, le Thizz n’est autre qu’une pilule d’ecstasy, qui est très prisée parmi les rappeurs de la Baie, aux côtés de l’alcool et du cannabis. En réalité, la prise de « thizz » permet d’obtenir l’état d’humeur typique du mouvement Hyphy : excité, énergique, décomplexé, amusant. Plus généralement, le terme se réfère à la manière dont les gens deviennent hyphiques lorsqu’ils pratiquent la Thizzle Dance, prennent de l’ecstasy ou écoutent le rap de la Baie. Autre que la Thizzle Dance, le turfing, inventé par Jeriel Bey et son groupeThe Architeckz, est une autre danse associée au mouvement, qui permet de mettre l’accent sur l’expression de soi. Une autre manière d’exprimer son appartenance au mouvement Hyphy est la Thizz Face, généralement accompagné d’un « T » formé avec ses doigts.

L’argot de la Baie permet aussi au mouvement de se différencier des autres sous-genres du Hip Hop, qui sera d’ailleurs repris par les rappeurs de Los Angeles comme Snoop Dogg. L’argot de la baie est caractérisé par l’ajout du suffixe « izzle » à la fin des mots, Thizzle est l’un des meilleurs exemples. L’un des plus grands représentants de cet argot est E-40, qui popularisera des expressions comme « fo shizzle my nizzle» ou « fo rizzle », signifiant respectivement « for sure my nigga » et « for real ».

Le mouvement Hyphy, et plus particulièrement la musique, nait comme une alternative à la musique commercial, jugeant que le Hip Hop a souvent oublié l’influence de la Baie dans le mouvement global. Même si le rap de la baie est toujours restée plus ou moins underground et méconnue aux yeux du grand public, ses codes et ses sonorités ont toujours été très populaires dans sa région natale, la baie de San Francisco. Même si le style est assez proche de celui de Los Angeles et qu’il est souvent confondu avec le G-Funk, le rap de la baie se différencie avec un style bien à lui. Il faut reconnaitre que le genre reprend fortement les codes du G-Funk avec beaucoup de samples de P-Funk et un côté gangsta, notamment avec des rappeurs comme Spice 1 ou Celly Cel. Pourtant, le mouvement Hyphy en lui-même n’est pas fondamentalement gangsta contrairement au rap de Los Angeles, il apporte quelque chose à la fois plus cool, plus rythmé, tout en étant plus spontané. L’ambiance est à la fois plus chaleureuse et plus bouncy, quelque chose de plus Crunk, mouvement auquel il est souvent comparé. La musique Hyphy est plus grinçante que le style de sa grande sœur de Los Angeles, avec l’ajout de bruitages aigues et stridents par rapport au G-Funk plus traditionnel. 

Too Short

Le mot « hyphy ». Ils l’ont marqué, et ils n’auraient pas dû le faire. Nous, en tant que région, la Bay Area… Tout le monde voulait que quelque chose soit le prochain « crunk », le prochain mouvement. Quelque chose avec le mot « mouvement » attaché à elle. Ça sonnait vraiment bien, c’était un mode de vie, et cinq ans plus tard, rien n’a changé… La seule chose qui a changé, c’est que vous ne voyez plus de motherf**kas faire des sideshows de culs sauvages et brandir le fouet.

En dehors de la musique et de la danse, une autre activité festive intégrée à la culture Hyphy sont les sideshows, des rassemblements où des spectacles et cascades sont réalisées avec des voitures autour d’une foule en folie sur fond de musique Hyphy et de consommation d’alcool et de drogue. Les performances les plus emblématiques et populaires sont les courses de voitures, le ghost-riding (monter et descendre d’une voiture en marche ou parfois danser à côté d’une voiture qui roule sans conducteur) ou le doughnuts (faire tourner une voiture sur elle-même en dérapage pour former un cercle avec la gomme des pneus). Ces rassemblements sont évidemment illégaux et clandestins, et se font généralement sur des routes ouvertes ou dans les quartiers, les accidents y sont malheureusement très fréquents.

Toute culture qui se respecte doit être associée à un style vestimentaire propre. Le mouvement Hyphy ne fait pas exception, même il n’y a pas une tenue « type » autre que celle décrite par l’un des plus grands protagonistes Keak Da Sneak dans sa chanson White T Shirt, Blue Jeans, & Nikes, vous avez compris la tenue associée. Bien que très populaire dans le mouvement Hip Hop de manière globale et particulièrement dans le rap sudiste, les grills sont très fréquentes dans la culture Hyphy. Les dreadlocks font également partie intégrante de la culture, et sont d’ailleurs parfaites pour les danses, qui, avec l’excitation, sont secouées dans tous les sens. Les « stunning shades », les lunettes de soleil à montures larges, sont un accessoire indispensable pour avoir le style et l’allure Hyphy. 

Les principaux protagonistes du mouvement

Keak Da Sneak

Keak Da Sneak est un rappeur originaire d’Oakland qui a commencé à rapper dès l’âge de 15 ans au début des années 90 avec son groupe Dual Committee au côté de Agerman sur des albums d’autres rappeurs de la Baie comme C-Bo. Il étend ensuite son groupe en intégrant B.A. et le renomme 3X Krazy avec lequel il sort quelques albums vers la fin des années 90. Il aura ensuite une carrière solo à partir des années 2000 et contribuera à l’émergence du mouvement sur la scène locale.

Bien que n’ayant jamais obtenu une reconnaissance nationale, le rappeur reste vu aujourd’hui comme l’inventeur du mot Hyphy et l’un des plus grands représentants du mouvement dans la scène locale. Très respecté dans la Baie, le rappeur a sorti pas moins d’une vingtaine d’albums en solo, en plus de nombreuses mixtapes et de projets en collaboration, son style est très typique du mouvement Hyphy et du rap de la Baie. 

Mac Dre

Né à Oakland et ayant grandi à Vallejo, Mac Dre est l’un des plus grands protagonistes de l’émergence du mouvement au début des années 2000, avant de se faire tragiquement assassiné en 2004 (RIP). Contrairement à beaucoup d’autres rappeurs de la Baie, Mac Dre a réussi à obtenir un succès et une visibilité nationale, certes mitigée, faisant de lui l’un des véritables pionniers de ce mouvement culturel et l’un de ses plus grands défenseurs. 

Bien qu’ayant commencé au début des années 90, c’est seulement au début des années 2000 qu’il s’associe au mouvement de manière bien plus marquée et plus franche, notamment en créant sa propre maison de disque, Thizz Entertainement. Bien qu’indépendante, sa maison de disque lui permettra de mettre en avant le mouvement Hyphy sur la scène nationale et gagner une visibilité plus mainstream pour ses propres albums. N’ayant pas d’autres artistes signés sur la maison de disque, l’objectif du label est de mettre en avant et de promouvoir la culture Hyphy tout en s’affranchissant de la censure des majors. Avec des réalisations comme Thizzle Washington, un classique du genre, Mac Dre popularisera la Thizzle Dance et le style typique du mouvement Hyphy.

E-40

E-40 est un rappeur au départ underground qui a commencé avec son groupe Tha Clik avant de sortir un premier album solo, Federal, sur la maison de disque indépendante Sick Wid It. A partir de 1995, il signe un contrat avec Jive et sort son premier album sous une major, In A Major Way. E-40 fait partie des premiers rappeurs de la baie à signer sur une major tout en continuant à faire du rap très typique de sa région.

Avec In A Major Way, E-40 gagne une visibilité mainstream et contribuera à faire connaître le rap de la Baie au milieu des années 90. En tant que fervent défenseur de ses racines, il popularisera l’argot avec les gimmicks « izzle ». In A Major Way est encore aujourd’hui l’un des plus grands classiques de la baie jamais sorti.

Shock G et les Digital Underground

Fondateur du groupe Digital Underground contenant à la fois des rappeurs et des danseurs, Shock est un des initiateurs du mouvement Hyphy dès la fin des années 80 avec son approche excentrique et humoristique. Bien qu’il ne soit directement affilié au mouvement, le rappeur d’Oakland a joué un rôle dans le développement du rap de la Baie et a contribué à lui donner ce style décomplexé, amusant et comique qui sera repris plus tard par Mac Dre au début des années 2000.

La Thizz Dance est d’ailleurs plus ou moins un dérivé de la Humpty Dance que Shock G avait inventé une décennie précédemment. Son style excentrique avec ses lunettes Groucho ont également inspiré le mouvement Hyphy des années 2000. Son album Sex Packets avec le Digital Underground est un Classique indémodable de la Baie et une véritable source d’inspiration pour tout le mouvement.

Yukmouth & The Luniz

Même si pas directement ancré dans le mouvement Hyphy, Yukmouth a toujours œuvré pour le développement du rap de la Baie en promouvant des jeunes artistes via ses maisons de production Smoke-A-Lot Records et Godzilla Entertainment, bien que toujours très underground. Attaché à sa région, il propose un rap typique proche du mouvement Hyphy bien que légèrement plus gangsta.

Avec Numskull, Yukmouth sort l’album Operation Stackola sous le nom The Luniz, propulsé sur le devant le scène par le single I Got 5 On It, aujourd’hui devenu un hymne de la Baie. L’album est un petit condensé de G-Funk de la baie avec un style mixant gangsta, playa et hustling et deviendra l’un des joyaux de la baie et un classique underground.

Too Short

Né à Los Angeles et ayant grandi à Oakland, Too Short est l’un des pionniers, avec Ice-T, du rap West Coast, et le pionnier du rap de la Baie. Bien que son style soit plutôt proche du rap West Coast classique, en tant que pionnier d’Oakland, Too Short est un modèle pour tous les autres rappeurs de la Baie qui suivront.

Fondateur du Dangerous Crew, Too Short permet dès la fin des années 90 à des artistes de la Baie, rappeurs et producteurs, de s’illustrer et se faire connaître, comme Spice 1, Goldy ou Ant Banks. Même si son style varie sensiblement du style typiquement Hyphy, Too Short sera l’inventeur du pimp rap qui sera repris plus tard par un grand nombre d’artistes. Grâce à l’inspiration qu’il a pu créer chez ses confrères, Too Short reste aujourd’hui l’un des plus grands artistes de la Baie et un modèle pour la culture Hyphy qui naitra quelques années plus tard.

Un grand nombre d’artistes mériteraient d’être cités en tant que promoteurs et représentants de la culture Hyphy, pour les plus notables on peut citer les rappeurs Mac Mall, Messy Marv, San Quinn, C-Bo, B-Legit, JT The Bigga Figga, ou les producteurs Traxamillion, Rick Rock, E-A-Ski, Sean T. ou Droop-E. Tous ont œuvrés pour développer la culture et la faire vivre à travers leur art. Le mouvement Hyphy étant un mouvement principalement underground, ces artistes restent encore aujourd’hui très méconnus du grand public. Malgré tout, la culture Hyphy est un sous-mouvement à part entière dans le Hip Hop et mérite qu’on s’y attarde, ou au moins qu’on y jette une oreille.

Retrouves la première partie de l’article :

Par Grégoire Zasa


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