The Fix, Scarface

The Fix, Scarface

Def Jam, 2002

Brad Jordan, a.k.a Scarface, est sans doute l’une des plus grandes légendes du rap et l’un des plus respectés parmi ses pairs, notamment pour ses capacités lyricales. Et il mérite indéniablement ce titre. Pourtant, avant de devenir la légende du rap qu’il est à la sortie de cet album, Scarface est passé par bien des étapes dans sa jeunesse, et c’est sans doute ce qui a contribué à sa légende avec ses lyrics crues et son sens de la rue.

Il faut savoir que Scarface a quitté le lycée très tôt et s’est mis à vendre de la drogue dans la rue. En parallèle, il sera DJ sous le nom de DJ Akshen et se fera repérer par le label underground de Houston Rap-A-Lot, où il intégrera le groupe Geto Boys en même temps que Willie D en remplacement d’autres membres suite au manque de succès de la formation initiale du groupe. A ce moment, les Geto Boys passent un cap et deviennent l’un des pionniers du rap de Houston, avant d’acquérir le statut de légende avec leur album We Can’t Be Stopped.

Dans les années 90, son talent lui permet de sortir des albums solos en parallèle de ses albums avec les Geto Boys, tous avec sa maison de disque de ses débuts Rap-A-Lot Records, label typiquement sudiste fondé par James Prince. Les années 2000 seront un tournant dans sa carrière. Le titre de son dernier album en date The Last of a Dying Breed sorti en 2000 alimente les rumeurs d’un départ en retraite de la légende. Sa nomination à la tête de Def Jam South en 2001 viendra amplifier les spéculations du public. Pourtant, Scarface n’a pas l’intention de poser le micro.

Maintenant chez Def Jam, il quitte sa maison de disque de toujours et revient avec un album plus typiquement New Yorkais des années 2000. En réalité, même si ses influences sudistes se ressentent sur chacun de ses albums, Scarface a toujours eu un style hybride avec des influences variées, qui se ressent d’ailleurs dans ses invitées qui viennent des quatre coins des États-Unis.

L’un des changements majeurs dans cet album est l’absence de N.O. Joe à la production, un producteur qui ne l’a pas quitté depuis le début des années 90 et qui apparait sur chacun de ses albums précédents, y compris sur les albums avec les Geto Boys. En tant que producteur originaire de la Nouvelle Orléans, la touche sudiste des albums de Scarface venait en partie de lui. La sélection de producteur fera de The Fix un album ancré dans les années 2000 avec des sonorités similaires à Blueprint, notamment dans les productions de Kanye West. A l’exception de Mike Dean qui est un collaborateur de la longue date de Scarface, les autres producteurs sont nouveaux pour le rappeur de Houston.

L’intro confectionnée par Mike Dean, The Fix, avec un accord de guitare magnifique, elle nous prépare à prendre un bon fix percutant. Kanye West lui livre trois productions, on ressent certaines similitudes avec Blueprint, très perceptible sur Guess Who’s Back avec un mélange de basse et des accords de piano typique du Soul sampling des débuts de Kanye. Nottz nous offre un riff de basse exceptionnel sur Keep Me Down pour un son avec des légères sonorités West Coast. Tony Pizarro apporte une nouvelle touche west sur I Ain’t That One, avec l’incroyable WC, faut dire que les deux vont bien ensemble avec leurs flow similaires. Les Neptunes, incontournables à cette époque, viennent apporter la touche… Neptunes avec leur style si typique légèrement électronique sur Someday avec un refrain de Faith Evans. Finalement, les saveurs sont très riches et variées mais d’une grande homogénéité dans la qualité.

My Block et son petit air de piano samplé de Be Real Black For Me est juste magnifique. L’impact de ce titre sera tel qu’il sera l’hymne des Ghettos de New York, assez amusant quand on sait que Scarface vient de Houston.

On my block – it ain’t no different than the next block
Ya get drunk and pass out, and they back ya to the house
And when you wake up on the couch you goin right back at it
On my block when you DAT fucked up they LAUGH at it

Scarface, en tant que roi de Houston, pose royalement au micro : posé, calme et précis. Dictées avec sa voix grave, les rimes de Mr. Scarface combinent la sagesse et le sens de la rue avec une capacité de narration comme lui seul sait le faire. Kelly Price vient apporter une petite touche de chant légèrement gospel très bienvenue sur des productions plus calmes de T-Mix. Heaven transporte dans une petite mélodie douce accompagné par le magnifique timbre de voix de Kelly Price, une nouvelle fois. Scarface parvient à réunir Jay-Z et Nas sur un même album alors que les deux sont en beef pour la couronne de New York.

 Après avoir ouvert l’album avec son intro, Mike Dean vient clôturé avec Fixed, qui reprend la production de l’intro pour faire de cet album une boucle sans fin. La métaphore d’un fix. Mais après avoir pris ce fix proposé par Scarface, on est fixé : cet album est une bombe. Un classique.

Par Grégoire Zasa


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