Lethal Injection, Ice Cube

Lethal Injection, Ice Cube

Priority / Da Lench Mob, 1993

Ice Cube a subi les critiques de ses fans de la première heure à la sortie de son quatrième album Lethal Injection. En effet, après avoir quitté N.W.A. en 1990 après la sortie de Straight Outta Compton, le rappeur de South Central réalise un run monumental, trois albums à un an d’intervalle, chacun fortement acclamés par la critique, presque tous considérés comme classiques, Amerikkkaz Most Wanted, Death Certificate et The Predator. Sur ces trois albums, Ice Cube avait un contenu fortement engagé avec un message politico-social à la fois provocateur et radical.

Avec Lethal Injection, O’Shea Jackson se fond un peu plus dans le moule du funky avec un album G-Funk. Dr. Dre et Snoop Dogg sont passés par là avec deux albums au succès international, The Chronic et Doggystyle. Le G-Funk festif et gangsta prend l’ascendant sur le rap conscient. Ice Cube change sa recette et attenue son message engagé pour des paroles plus gangsta et plus futiles par moment. Pourtant, Ice Cube est toujours revendicateur, mais son message est moins agressif et moins belliqueux que précédemment. Les fans le prennent comme une soumission d’Ice Cube au succès du G-Funk gangsta.

A mon sens, les critiques ne sont pas forcément justifiées. Après s’être attaqué au système politique et aux institutions américaines qu’il décrit comme racistes pendant plusieurs années, Ice Cube était devenu l’ennemi public n°1 des médias et des politiciens. Les parents interdisaient leurs enfants d’écouter sa musique, ce qui a paradoxalement contribué à renforcer son succès et son aura auprès des jeunes, l’interdit attire, excite et suscite l’intérêt. Pourtant, on peut comprendre qu’Ice Cube en avait peut-être marre de taper sans relâche sur le système politique et de cette image de revendicateur. Ce n’est pas qu’il ne croit plus en son combat puisqu’il a toujours un message engagé dans Lethal Injection, mais peut-être qu’il voulait simplement s’affranchir de cette image et montrer qu’il savait aussi faire autre chose, ou qu’il voulait simplement faire quelque chose légèrement plus édulcoré, de plus festif. Le côté engagé et conscient est revu à la baisse, bien moins belliqueux, abordant des sujets plus futiles. Ice Cube abandonne une partie de la véracité de ses lyrics pour un côté plus doux, qui se ressent également dans les rythmes choisis et dans l’interprétation d’Ice Cube qui est plus posée.

Maintenant qu’on a dit ça, Lethal Injection va présenter un mélange entre chanson festives, Bop Gun, des chansons plus gangsta revendicatrices, Really Doe, ou des chansons plus futiles et édulcorées comme You Know How We Do It. Même si c’est globalement plus smooth, plus funky, moins agressif, moins féroce que précédemment, Ice Cube n’abandonne pas totalement son côté politique avec des allusions plus subtiles que précédemment. Si on prend le morceau Bop Gun, qui est une reprise du tube One Nation Under A Groove de Funkadelic, sous ses airs joyeux, il peut y avoir un message social caché, une volonté de rassembler une nation, ou une communauté, toute entière. Finalement, le message peut mieux passé avec des airs édulcoré qui permet de parler à un plus grand nombre et surtout d’éviter la censure. Bien-sûr, le message n’est pas aussi agressif et direct, mais pas pour autant moins efficace. Ghetto Birds, qui suit le chemin du G-Funk gangsta tant dans les sonorités que dans les paroles, est également une dénonciation envers la police, les « ghetto birds » ne sont rien d’autres que les hélicoptères qui tournent au-dessus des ghetto. Sur When I Get To Heaven, Cube pourrait déclencher la colère des chrétiens de par son regard cynique.

Au final, Ice Cube est toujours revendicateur, mais avec un message plus édulcoré et sous des airs bien plus Funk. Alors certes Ice Cube s’abandonne dans la vibe G-Funk actuelle, ce qui n’était pas dans son habitude, pourtant le travail de production reste irréprochable. Les vibes Funky sont terriblement efficaces, les petits synthés aigus de Ghetto Birds sont incroyables, les beats laid-back de You Know How We Do It et Down For Whatever fonctionnent à merveille, et même quand il revient à des sonorités plus proches de ses débuts avec Enemy, c’est toujours de bonne facture. Son producteur de longue date Sir Jinx lui confectionne un jolie beat sur Lil Ass Gee, Cube porte un regard cynique sur les jeunes qui souhaitent se lancer dans le rap.

Ce n’est pas l’album le plus apprécié d’Ice Cube à sa sortie, ce n’est pas ce que les fans attendaient. Pourtant avec le recul, le public a su finir par l’apprécier à sa juste valeur. Le résultat musical est clairement présent avec une paire de tracks qui resteront iconiques, voir classiques, pendant plusieurs années.

Le rappeur de South Central a su faire quelque chose de nouveau. Un album qui marque clairement un virage avec les trois précédents. On peut lui reprocher de se fondre dans le moule de l’époque, mais ça donne de la fraicheur à sa discographie après trois premiers albums assez similaires. C’est pas l’album le plus représentatif d’Ice Cube mais c’est extrêmement bien maîtrisé. De l’excellent G-Funk à la sauce Cube. Préparez-vous pour l’injection létale de funk.

Par Grégoire Zasa

Retrouvez la chronique sur NoirVertFluo et sur RegulateByZasa

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