Funk Upon A Rhyme, Kokane

Funk Upon A Rhyme, Kokane

Ruthless, 1994

On connait Kokane pour ses nombreuses apparitions en tant qu’invité et  sa capacité à faire des refrains chantés, un peu à la manière d’un Nate Dogg, mais dans style bien à lui. On verra pourquoi un peu plus tard. D’ailleurs, il vole légèrement la vedette de Nate sur l’album de Snoop Dogg, Tha Last Meal, sorti en 2000, où il fait de nombreux refrains. Tha Last Meal est probablement l’album qui l’a fait découvrir auprès du public, pourtant Kokane avait déjà un long passif dans le rap.

Né à New York d’une mère chanteuse et d’un père compositeur, Jerry Long part rapidement s’installer à Pomona en Californie. Ici, il intégrera le gang des 357 Gangster Crips où il rencontrera notamment Cold 187um des Above The Law. Déjà aux milieux des années 80, il commence à rapper et chanter, et se fait repérer par Eazy-E qui le signe sur Ruthless Records en 1989. Proche des Above The Law, également signés sur Ruthless, il fera plusieurs apparitions sur les albums du label, notamment Livin’ Like Hustlers ou sur la soundtrack Deep Cover. N’ayant pas le droit d’utiliser son pseudo pour des raisons légales, il sort son premier album sous le nom de Who Am I ? en 1991, Addictive Hip Hop Muzick. Mais à ce moment, Kokane n’a pas encore son style caractéristique qui fait de lui un personnage attrayant, en fait son album passe plutôt inaperçu.

Alors qu’il sort Funk Upon A Rhyme en 1994, Ruthless n’est plus dans son heure de gloire. Dr Dre et Ice Cube sont partis et les explosent avec des diss track. Les deux sont aussi parti avec le succès commercial de Ruthless, et malheureusement, Kokane arrive un peu tard dans la période Ruthless, Pourtant, il parvient à se forger une personnalité et un style de G-Funk bien à lui, finalement assez proche du style de Above The Law, qu’il a contribué à créer avec Cold 187um sur les réalisations du groupe, et notamment sur Black Mafia Life et Uncle Sam’s Curse.

Kokane est une personnalité avec sa voix caractéristique saturée et enraillée. Une personnalité comparable à un Ol’ Dirty Bastard sur la côte Est. Complètement déjanté, sa weed brûle sans doute trop lentement. Kokane est perdu dans ses beats, concoctés principalement par Cold 187um au clavier et avec Mike Smoth à la guitare. Flow chantonnés laid-back ou flow rapide et saccadé, il varie avec excellence les rythmes. Ces refrains chantés sont excellents avec sa voix grinçante, présents sur la plupart des tracks de l’album. Ses défonces sur du funk sont racontées tout au long de l’album sur un humour délirant. Le sexuellement suggéré de Mo Water est simplement amusant. Il n’oublie pas d’exploser Snoop, Dr. Dre et Death Row, accompagné de Cold 187um pendant presque 9 minutes sur Don’t Bite The Phunk. Les Alkaholiks font une apparition sur All Bark No Bite, histoire de se désaltérer un peu de la fumette excessive.

L’album ne suit aucune structure, les refrains et couplets s’entremêlent sans vraiment de cohérence. En fait, ça ressemble un peu à du George Clinton version rap, avec les mimiques complètement délirantes du premier cité. Kokane joue avec les rythmes et se les approprient sans aucune cohésion avec des lyrics abstraites et fumantes. C’est à la fois furieux et confus.

Cold 187um incluent beaucoup des samples de P-Funk. Ca sonne G-Funk, mais pas d’un genre dont on a l’habitude. Les riffs de synthés ultra aigues et saturées nous violent les oreilles, très présents sur From The Funk To The Back. Comme sur la cover, ils font grincer les vinyles à coup de lames de rasoir, c’est abrasif. La mélodie est là, les airs sont funky, il y a un côté bordelique, avec beaucoup de back vocals, un genre de chaos sous contrôle. Des rythmes G-Funk fantastiques avec des lignes de basses super lourdes et des gros synthé pleurnichards et stridents, à l’image de la voix de Kokane. Les beats sont définitivement taillées pour lui. Une espèce de mix entre du funk à la George Clinton et du rap West Coast pour un mélange G-Funk extravagant où Kokane dompte le rythme.

Qu’est-ce que j’ai écouté ? Ah oui, Kokane, c’est sans doute l’album le plus délirant que j’ai écouté. Du G-Funk expérimental, bien trippant. Ca va plus loin que du G-Funk, c’est excentrique, c’est fumeux, ça griiiiiiiiiiiiiince.

Par Grégoire Zasa


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