187 He Wrote, Spice 1

187 He Wrote, Spice 1

Jive, 1993

Les années 90 semblaient propice au Gangsta Rap et particulièrement la côte Ouest qui en fait son identité. Après tout, il s’agit ici du quotidien de ces rappeurs gangster qui nous content leurs histoires effroyables, parfois ensoleillée avec une forme de légèreté fataliste, comme s’ils ne pouvaient y échapper, parfois plus sombre avec une forme de conscience politique pour fuir ce quotidien difficile. Peu importe le style choisi, la réalité doit sonner juste pour paraitre « real », et ses individus rappeur le sont pour la plupart.

Alors que Los Angeles commence à avoir une réputation bien établie vers le milieu des années 90, une scène alternative commence à apparaitre un peu plus haut en Californie, et notamment aux alentours de San Francisco, qui sera englobé dans ce qu’on appelle la Bay Area. On attribue souvent le Gangsta Rap West Coast à Los Angeles où les gangsta rappeurs sont légion, mais l’un des pionniers du Gangsta Rap est bien originaire d’Oakland dans la baie de San Francisco, j’ai nommé Too Short qui avait déjà sorti son premier album en 1983. Pourtant c’est bien au début des années 90 qu’une scène alternative underground va éclore dans cette région, dans l’ombre de sa grande sœur Los Angeles.

Bien que cette scène restera majoritairement underground, elle développera une identité bien à elle avec des figures du rap underground et des mouvements qui lui sont propres, et notamment le mouvement Hyphy qui sera majoritairement représenté par Mac Dre vers la fin des années 90. En dehors du Hyphy, l’identité de la baie se fera par l’utilisation d’un argot typique, des rythmiques et riffs très synthétiques, des flows parfois mâchonnés et des paroles souvent teintées d’une fausse légèreté, à quelques exceptions près.

Spice 1, et d’autres comme Celly Cel, font partie de ses exceptions. Protégé de Too Short et membre du Dangerous Crew, Spice 1 s’identifiera dans un rap violent, abandonnant toute légèreté, mais en conservant une forme de fatalisme. Il se résigne à son quotidien de gangster où la violence est omniprésente et les armes nécessaires à la survie. Pour son deuxième album, 187 He Wrote, Spice ne déroge pas à la vague de Gangsta Rap qui s’abat sur les côtes californiennes, et cette vague va cette fois s’écraser sur la baie de San Francisco.

Le titre et la pochette sont déjà énonciateurs, 187 étant le code de la police pour les meurtres et Spice 1 apparait menaçant avec une arme braquée directement sur son auditeur. Vous avez déjà pris une balle ? Non ? Moi non plus. Enfin avant d’écouter cet album en tout cas. Spice 1 transperce littéralement avec ce deuxième opus.

Trigga Happy, Spice 1

Now this 380 was a bitch who used to ho up on my block
She lived on smith-n-wesson with that pimp Mr. Glock
Now glock had many bitches, he sold pussy by the pound
And bitches jocked his trigga everytime he came around

La violence est reine dans ce monde vicieux où les armes prennent vie dans un récit personnifié, Trigger Happy. Spice 1 nous emmène dans ses histoires sous des airs de funk et de reggae. Et ses histoires virent parfois à l’horrorcore et au drame, pas qu’on ait littéralement peur comme dans un film d’horreur, mais les récits belliqueux nous font ressentir une menace permanente. Le doigt sur la détente, Clip & The Trigga, une balle peut partir à tout moment, et on n’a pas envie de se faire fumer comme un blunt, Smoke ’em Like a Blunt, surtout sur une douce mélodie reggae. Spice semble avoir des remords de son passé et ses actes, par exemple ses histoires de braquages, Don’t Ring the Alarm, ou ses fusillades entre rivaux, Runnin Out Da Crackhouse sur un magnifiquement sample d’Isaac Hayes. Ses remords l’entrainent dans une forme de paranoïa et de désespoir qu’il nous confie sur 187 He Wrote.

Le travail de production est remarquable, à la fois typique de la baie avec des producteurs reconnus comme E-A-Ski, Too Short ou Ant Banks, on retrouve aussi des invités originaires de Los Angeles, comme Prodeje de South Central Cartel ou MC Eiht. Très intéressant, l’influence reggae plutôt inhabituelle pour du Gangsta Rap, mêlée avec des éléments de G-Funk classique du rap californien de cet époque font la particularité très alléchante de cet album. Les sonorités Reggae viennent appuyer la philosophie fataliste du rappeur qui contrastent avec la dureté du discours. Les rythmes sont à la fois doux et pénétrants avec des pianos et des cors, comme sur Don’t Ring The Alarm, ou la mélodie mélodramatique de The Murder Show magnifiquement produite par MC Eiht. Finalement, très peu de samples sont utilisés ici, avec uniquement 5 samples crédités sur la totalité de l’album. Les rythmes funky sont majoritairement de la main des producteurs avec une utilisation massive du synthétiseur pour cette ambiance typique de la baie.

Spice 1 signe ici un classique de la baie, un album aussi impitoyable et pénétrant qu’une balle. Violent et meurtrier sont sans doute les deux qualificatifs les plus appropriés pour cet album. Certains titres manquent légèrement la cible, mais d’autres explosent la cervelle. Une fois le chargeur vide, on reste à terre.

Par Grégoire Zasa


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