Space Boogie: Smoke Oddessey, Kurupt

Space Boogie: Smoke Oddessey, Kurupt

Antra / Artemis, 2001

Ricardo Brown, originaire de Long Beach dans la banlieue de Los Angeles et protéger de Snoop Dogg, s’est fait connaître lors de sa période Death Row pour ses nombreux featutings et pour son album Dogg Food au côté de Daz Dillinger sous le nom de Tha Dogg Pound. Comme beaucoup d’artistes du label, il s’est fait escroquer par Suge Knight, ce qui l’a conduit à quitter le navire en 1996,  juste après Dr Dre, et avant Snoop Dogg.

Space Boogie arrive à la fin de son run chez A&M sous lequel il a fondé son label affilié Antra Records. Cet album est donc son troisième solo après le double album Kuruption et Tha Street Iz A Mutha, certifié classique. Après Space Boogie, Kurupt va retourner chez Death Row, tournant le dos à la plupart de ses anciens amis, y compris Snoop Dogg, son mentor, et son compère du Dogg Pound, Daz Dillinger. Pourquoi retourner chez Death Row après tout ce qu’il a pu se passer ? Suge Knight en bon escroc qu’il est lui promet les clés de Death Row avec un poste d’associé et de directeur artistique, une chance pour Kurupt d’avoir sa propre vision de la musique. Bien-sûr, les choses ne se passeront pas comme prévu, Death Row n’est plus ce qu’il était.

Depuis son départ de Death Row, le Dogg Poung Gansta Clik (DPGC) a développé sa propre version du G-Funk, une version bien plus moderne avec une identité bien particulière qu’à l’apogée du sous-genre au début des années 90. Daz Dillinger est le principal architecte de ce mouvement, un G-Funk dansant, accompagné de nouveaux producteurs tels que Fredwreck ou Soopafly. Et ce sont bien eux qu’on va retrouver sur cet album, avec Fredwreck qui sera notamment le producteur exécutif.

Les hostilité démarrent. On entre dans l’univers fumant et dansant de Kurupt, son propre odyssée. Fredwreck va nous emmener dans une sorte de G-Funk Boogie, un espace, une planète remplie de piano et de synthé, où Kurupt va nous enivrer avec ses lyrics fumantes. L’intro, produite par Kurupt lui-même, met dans l’ambiance, on entre dans un espace futuriste avec des lasers, un espace mystique où le temps s’arrête pour la fumette.

Kurupt a toujours eu tendance à être un emcee sous-estimé. Oui je l’affirme, Kurupt est l’un des meilleurs rappeurs de la West Coast. Un flow prenant et versatile avec des lyrics incisives, précises, subtiles. Le premier morceau va le prouver. Sur Space Boogie, Kurupt fracasse avec des lyrics sans concession, une pimpologie pompeuse et des ego-trips de fumette, sur une production qui est la définition même du G-Funk Boogie de Fredwreck avec quelques notes de synthétiseur et une batterie qui claque les cervicales. Nate Dogg conclue avec un chant magnifique juste après le sifflement aigue samplé de Light Speed de Dr Dre. Rien que son « I’m like fuck a bitch, and fuck yoo too » m’a retourné la tête.

I’m like fuck a bitch and fuck you too
It’s so many different things that I’m gon’ do
Switches all fucked up livin’ in the ’80’s
Jackin’ niggas for Nissan trucks
A quarter piece to flip it’s me and Daz and two bitches
I never gave a fuck, nigga Daz and Kurupt
They say, this ain’t the way to get rich
I might as well get me a bitch
I don’t get it, I take it put a glitch in the Matrix
Flip some bricks to strip ya bitch naked
‘Cause I just don’t care, live from « G » square
Wit a vest and a cup to put in the air
Nigga, fuck a bitch and fuck you too
What a punk mothafucka like you gon’ do?
I holla’d at Dr. Dre, hit up Bigg Snoop
Wit the candy cut-cut perfectly on fueled

Kurupt nous fait changer d’ambiance à la vitesse de la lumière, sans doute la fumette qui peut le faire planer d’une planète à une autre. Hate On Me m’irrite les oreilles avec son beat électronique, j’y arrive pas, mon seul skip de l’album. Ensuite, les ambiances sont plus douces, un G-Funk ensoleillé, parfois à la limite du RnB, notamment It’s Over avec Natina Reed. J’ai vanté les mérites et les talents de lyricistes de Kurupt, ici c’est bien plus futile, mais pourtant ça passe tout seul, assez ludique finalement.

DJ Quik renchérie avec une production funky à souhait avec un jolie saxophone, pour un ego-trip Gangsta de Kurupt et un refrain chanté de Butch Cassidy. On repasse à des petites ballades G-Funk pleines de chaleur avec à nouveau des refrains chantés très mélodieux sur On Onsite avec Lil ½ Dead et Sunshine avec Jon B.

Ces ballades sont contrastées par des sons plus rugueux, plus gangsta avec The Hardest Mutha Fucka’s mettant en scène Xzibit et MC Ren sur un riff de basse monumental. MC Ren envoie un couplet saignant avec des lyrics vicieuses aussi pimp que gangsta. Bring Back That G Shit avec Snoop Dogg et Goldie Loc est un autre titre gangsta où Kurupt ouvre avec un flow de tueur sur un funk au synthétiseur à la Fredwreck. L’alchimie avec Daz fonctionne toujours à merveille avec des titres comme Gangsta’s, Fuck Da World et On Da Grind, qui rappellent aisément l’ère du Dogg Pound.

Kurupt a réussi à réunir toute l’épique West Coast pour l’accompagner, à l’exception de Dr Dre. Fredwreck signe septs productions extrêmement qualitatives, Daz revient avec trois beats claquants et DJ Quik, Damizza, Soopafly, entre autres, viennent compléter la tracklist. Des sonorités funky contemporaines, 100% West Coast, du G-Funk Boogie typique de la nouvelle ère du G-Funk de l’équipe du DPGC. Space Boggie présente une belle harmonie et une ouverture vers d’autres styles. Un véritable voyage dans son univers pour un album finalement assez déjanté. Le meilleur album de Kurupt.

Par Grégoire Zasa


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