L’histoire derrière No Diggity et ses autres vies – Part. 2

L’histoire derrière No Diggity et ses autres vies – Part. 2

La construction de No Diggity

Comme mentionné plus haut, No Diggity est le fruit de plusieurs circonstances et de plusieurs artistes aux qualités différentes. Les talents de production de Dr Dre, même si non crédité, la voix mielleuse de Teddy Riley avec ses accroches et rimes fines, les gimmicks suggérées par LL Cool J et un couplet mémorable d’une rappeuse talentueuse, Queen Pen, pour conclure la chanson. C’est la combinaison de ces éléments qui a fait le succès de la chanson, qui a atteint la première place du Billboard Hot 100.

Dans sa construction, No Diggity avait tout pour devenir un hit. D’abord, le thème sexuellement suggéré de la chanson est typique des singles de R&B à succès. Mais Dr Dre envoie un premier couplet rappé qui vient introduire avec une forme d’urgence sexuelle. Il donne ici le ton agressif Hip Hop de la chanson qui plait aux auditeurs avec des punchlines accrocheuses comme « Attracting honeys like a magnet / Giving ’em eargasms with my mellow accent ».

Après cette courte introduction rythmée d’une vingtaine de seconde, Teddy Riley vient apporter un groove incroyable en ralentissant le rythme avec excellence pour donner toute la sensualité que la chanson a à proposer avant de passer aux refrains. Et le refrain est terriblement efficace, deux phrases simples répétées qui restent dans la tête pour qu’on se souvienne de cet hymne R&B « I like the way you work it / No diggity, I got to bag it up, bag it up ». L’accroche « No diggity, no doubt » donne toute l’assurance sexuelle de ses protagonistes.

A ce moment, Teddy Riley est suffisamment malin pour laisser la main à ses compères de BLACKstreet pour qu’ils apportent une nouvelle alternative sensuelle et mielleuse à la chanson avant de reprendre la main sur le refrain. La suite est encore plus mémorable avec le bridge où ils chantent en cœur le «  Hey yo, hey yo, hey yo, hey yo » accompagné des back vocals. Queen Pen conclue avec un couplet rappé pour apporter une touche féminine parfaite.

Le tout étant dicté sur un riff de guitare accrocheur et puissant accompagné de la douceur lancinante du « humhum » murmuré qui aspire l’auditeur dans la sensualité. La boucle de piano donne une sorte d’obsession entrainante parfaite pour les clubs. Le swing groovy de la chanson est simplement magique.

Les autres vies de No Diggity

Quand on observe la construction magnifique et diaboliquement ingénieuse de cette chanson, on peut se douter que d’autres l’ont reprise. En effet, No Diggity a été reprise de nombreuses fois depuis sa création, et pleins de manières différentes, parfois simplement avec un sample, d’autres fois sur des versions a cappella, des versions live, des publicités, etc..

Outre les nombreuses reprises directes qui sont officiellement créditées comme telles, d’autres chansons ont repris plus ou moins directement la structure de No Diggity. C’est sur ces dernières qu’on va s’arrêter.

Toss It Up, 2pac

La reprise la plus évidente de No Diggity est Toss It Up de 2pac sur The Don Killuminati. La raison de cette reprise n’est pas surprenante. Dr Dre étant parti de Death Row avec son beat, qui était à l’origine offert à 2pac pour All Eyez On Me, 2pac et Suge Knight ont repris le beat pour en faire un diss à Dr Dre. La première version reprenait le beat tel quel avec 2pac qui envoie ses couplets. Suite aux plaintes de BLACKstreet, ils ont remplacé l’instrumental par celui de Toss It Up, produit par Reggie « Devell » Moore, qu’on connait aujourd’hui.

Même si le beat n’est plus le même, la construction de la chanson demeure. On retrouve un premier couplet court rappé par 2pac suivi d’un couplet chanté par Danny Boy qui ralenti le rythme. Il laisse ensuite la place à Jojo pour quelques rimes chantées avant de se regrouper pour un refrain à deux qui reprend presque mot pour mot le refrain de No Diggity « I like the way you give it to me / Let me see you toss it up ». Le bridge est aussi repris avec le « Play on, play on, play on, play on ». Et surprise, on aperçoit ensuite Aaron Hall, qui avait refusé de chanter avec Teddy Riley sur le beat. Ce dernier, avec K-Ci, vont suivre la même construction sur des couplets chantés avant de reprendre le refrain tous les deux. 2pac conclue avec un couplet rappé en s’attaquant directement à Dre, entre autre : « No longer Dre Day: arrivederci / Blown and forgotten, rotten for plotting Child’s Play / Check your sexuality, as fruity as this Alize ».

Au niveau du beat, on retrouve cette même construction avec l’urgence du couplet de 2pac accompagné du « ouh » en arrière-plan qui rappelle le marmonnement de « humhumm » de la chanson originale. L’ironie de cette chanson est totale et le diss est certain. La reprise de la structure est ingénieuse et permet à 2pac d’attaquer Dr Dre avec une ironie efficace.

Bitch Please, Snoop Dogg

Loin d’être la plus évidente et la plus similaire dans la construction, Bitch Please de Snoop Dogg avec Xzibit et Nate Dogg reprend quelque peu la structure de No Diggity. Xzibit revient avec un premier couplet agressif comme sur l’originale avant que Snoop Dogg vienne ralentir le rythme avec un refrain chantonné et un couplet avec son flow nonchalant habituel. On retrouve le hook alterné entre Snoop et Xzbit, et pour un final de Nate mémorable avec son « Eh Oh Eh Oh».

Cette fois-ci, on a une version plus West Coast et des paroles bien plus évocatrices. La sensualité laisse place à une mysoginie typique du Gangsta/Pimp rap. La subtilité laisse place à la brutalité en remplaçant les « Baby, you’re a perfect ten, I wanna get in » par des « Bitch please! Get down on your god damn knees ».

On retrouve Dr Dre à la production mais ici on oublie le R&B/New Jack Swing délicat. Les grosses basses et les coups de grosses caisses vont donner le rythme typique du rap West Coast. Le riff de guitare Blues se substitue au petit bruit strident pour la touche G-Funk.

Home Alone, R. Kelly

Sortie sur le double album R. de 1998, Home Alone reprend de manière assez évidente la structure de No Diggity. Accompagné de Keith Murray pour l’introduction rapppée, R. Kelly joue ensuite de sa voix suave et douce pour ralentir le tempo avec un couplet sensuel.

Pourtant, ici l’ambiance est plutôt à la fête. R. Kelly utilise sa voix pour allumer le dancefloor avec un refrain évocateur “Hands in the air / Drinks everywhere / Party in the hills / Keepin’ it real / Dance out of town  / Ladies all around / Me and the crew doin’ what we do”.

La production de DJ Quik contribue à cette ambiance avec un beat de batterie claquant, un petit riff de basse discret et un accord de guitare léger. Le bourdonnement « humhum » se retrouve comme sur No Doggity. L’efficacité du beat est ici dans sa simplicité.

Anywhere, Anderson .Paak

Plus récent, en 2018, Anderson .Paak va lui aussi s’approprier la construction de No Diggity sur sa chanson Anywhere sortie sur Oxnard. Accompagné de Snoop Dogg pour une introduction rap où il fait une référence nostalgique à son passé, Anderson .Paak prend le relais avec un court hook soul crooné. Et c’est ce dernier qui va faire monter la température avec sa voix sucrée pour un couplet faussement romantique.

Pound offre un beat avec un magnifique riff de guitare toujours avec le murmure en arrière-plan de Anderson .Paak « ouuuh aaaah » qu’il reprend magnifiquement bien entre ses rimes sur son refrain. La sensualité des paroles et de la production rend un bel hommage au maitre spirituel de Anderson .Paak, Dr Dre. Ce n’est peut-être la plus connue ou la plus commerciale des « reprises » de No Diggity, mais à mon sens, elle est excellemment réalisée.

Retrouves la première partie de l’article :

Par Grégoire Zasa


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