ATLiens, Outkast

ATLiens, Outkast

LaFace / Arista, 1996

Aujourd’hui on a tendance à oublier qu’OutKast est un duo créé par accident. Le rap West Coast s’étant établit sur la carte du rap, c’était au tour d’Altanta de gagner le respect de New York. Certes, il y avait déjà des rappeurs à Atlanta, Arrested Development ou Another Bad Creation pour ne citer qu’eux, mais la réputation de la ville sur la scène mainstream était toujours à établir. LaFace se lance alors à la recherche d’un duo de rappeurs efficaces, il trouve Big Boi et André 3000 qu’il fusionne dans un groupe pour former OutKast. Après le succès de Southernplayalisticadillacmuzik en 1992 et leur single Player’s Ballin, un album à la fois créatif et bien ancré dans les racines de la musique sudistes, la maison de disque offre plus de liberté musicale et de budget au duo.

Les deux rappeurs refondent leurs images, abandonnant le côté ghetto sudiste avec lequel ils se sont fait connaître. Ils adoptent chacun un style plus excentrique, notamment dans leur style vestimentaire. Avec plus de moyens, le duo acquiert du matériel plus performant et commence à produire eux-mêmes avec des techniques apprises aux côtés de leurs confrères de la Dungeon Family et notamment Oganized Noize. Ils délaissent les samples au profit d’instrument live, avec une volonté de créer une musique reflétant leur identité et leur personnalité. 

Big Boi

I feel like you cheat the listener when you sample. If it’s an old school jam, leave it to the old. We wanna have our own school of music

Libre de toute contrainte artistique, le duo laisse place à son excentricité. Sans renier leurs racines sudistes, ils laissent tomber le South Rap festif pour incarner des personnages plus futuristes, débarquant de l’espace : les ATLiens. Et la couverture est la première excentricité de l’album. Les deux rappeurs apparaissent dans un monde futuriste hostile, prêts à combattre pour s’en échapper. Une métaphore montrant la volonté du groupe de fuir les quartiers féroces d’Atlanta pour s’envoler vers une liberté artistique et spirituelle. L’introduction You May Die peut être interprétée comme la mort de leurs anciens personnages pour une nouvelle identité.

La production est pleine d’échos et de réverbérations puissants et sonne mystique. Un vide semble se crée autour de nous pour nous plonger dans les profondeurs de l’espace, dans un vide sidéral. Organized Noize est toujours à la main sur l’essentiel de la production et apporte le côté funky du rap sudiste qu’on retrouve sur Two Dope Boyz. Les crochets chaotiques avec des grooves de basse lancinants et des tambours qui claquent le cou sont bien l’œuvre d’Organized Noize. Alors que les morceaux à la production plus lente et spatiale sont signés Outkast accompagné de Mr DJ.

L’album est toujours inspiré des rythmes Hard Funk de George Clinton, mais Outkast utilise un style plus doux et mystique avec des influences multiples allant du Reggae, de la Dub au Gospel. La production atmosphérique de Elevators nous donne réellement la sensation de s’élever, de la même manière que le groupe s’élève au-dessus des rues d’Atlanta pour la célébrité. Plus excentrique encore, l’absence de batterie sur E.T. Extraterrestrial laisse dans un espace-temps irréel, comme si le temps s’est arrêté. Mainstream nous plonge dans la mélancolie alors que ATLiens nous emmène dans une fête chez les extraterrestres avec une voix robotisée.

Même s’il y a beaucoup de références à la culture sudiste, notamment sur Two Dope Boyz, Big Boi et Andre 3000 s’écartent peu à peu de leurs personnages de fêtards sudistes. Les lyrics abordent des sujets moins conventionnels pour le Hip Hop allant de récits sur la vie urbaine à la vie extraterrestre et les voyages intergalactiques. Sur Jazze Belle, le duo clame qu’il recherche des femmes intelligentes et intéressantes et non des gamines écervelées. Sur Babylon, André 3000 médite sur les interdits de la religion sur le sexe, et notamment ses attirances interdites liées à son éducation pendant son enfance. Le morceau final est une réflexion sur la fuite du temps et sur le vieillissement, qui nous ramène finalement sur terre pour conclure ce voyage en dehors du temps.

Big Boi

you weapon and it’s depressin, they’re diggin up in your thighs
leavin deposits keep your closets open not your boots and drawers

Outkast signe un album marquant un tournant dans leur carrière, dessinant petit à petit leurs identités musicales et leurs génies créatifs, qu’ils exploiteront d’autant plus par la suite, parfois à la frontière du rap. Leur refus d’être conventionnel est tout à leur honneur. La profondeur d’ATLiens nous propulse dans l’espace, dans un voyage en dehors du temps. Un voyage qu’il ne faut pas manquer.

Par Grégoire Zasa


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