Liquid Swords, GZA

Liquid Swords, GZA

Geffen, 1995

Avant d’être membre du Wu Tang Clan et de s’associer avec son cousin RZA, précédemment connu sous le nom de Prince Rakeem, GZA a déjà eu le droit à un premier essai en 1991 avec Words from the Genius, qu’il sort sous le nom de The Genius. Il s’agit d’ailleurs du seul membre du mythique Wu-Tang qui a eu le droit à un contrat avec une maison de disque, et un premier album, avant la sortie du mythique Enter The Wu-Tang. Pourtant, bien que l’album soit en grande partie produit par le talentueux Easy Mo Bee, la maison de disque, Cold Chillin, ne fait aucune promotion pour l’album, ce qui résulte naturellement en un échec commercial.

The Genius manquait-il de talent ? L’avenir nous dit que non. Même si les talents lyricales du rappeur sont déjà identifiés, la direction artistique de l’album ne permet pas à GZA de s’exprimer pleinement. Je pense même que la maison de disque a imposé une partie du contenu au rappeur, donnant des chansons racoleuses comme Come Do Me, bien que quelques prouesses lyricales soient déjà présentes sur l’album.

Un an plus tard, GZA rejoint avec Ol Dirty Bastards le groupe fraichement fondé par son cousin RZA, le bien nommé Wu Tang Clan. Les dix membres du groupe vont signer sur Loud Records, qui leur laissera les mains libres dans la direction artistique pour faire la musique rugueuse et hardcore qu’ils ont toujours voulu faire.

A la sortie du mythique Enter The Wu-Tang (36 Chambers), les fans et leurs confrères du Hip Hop ne comprennent pas ce qu’il se passe. Un groupe de dix emcees assoiffés et hargneux, du jamais vu dans le rap. Ils vont révolutionner le Hip Hop avec un son crasseux et terriblement rude, correctement gangsta et hardcore. Le succès sera immédiat avec un impact sur le rap New Yorkais sur les prochaines années. Le gangsta rap made in New York renait. Les soldats de l’empire du Wu Tang sont en marche. Le groupe s’apprête à conquérir le rap game et installer sa domination.

A la suite de cet album, chacun des membres du groupe est libre de signer où il souhaite. C’est ainsi qu’une première vague de solo débarque pour les membres du Wu-Tang Clan, tous produit par RZA. GZA choisit Geffen, et arrive en quatrième dans cette vague après Method Man, Ol Dirty Bastard et Raekwon. Même si chacun aura une approche et un concept bien à lui, la marque de fabrique du Wu Tang reste intact. On voit au fil des solo l’évolution dans les productions de RZA, on approche donc quelque chose de plus mature musicalement avec ce quatrième opus du Genius.

Comparé à Tical, premier album de la vague par Method Man, qui avait un son crasseux et brut, les productions de RZA sont plus propres, bien que toujours aussi sombres. RZA utilise d’autant plus de samples Soul, notamment sur Cold World et son refrain, et de clavier, à l’image de Duel Of The Iron Mic avec cette petite ligne de piano aussi meurtrière que les lyrics du Genius. Dès l’intro Liquid Swords, on entend un jeune enfant décrivant son père comme un samouraï bourreau qui tuait pour le compte de l’empire. Le ton est donné. GZA se fera un malin plaisir à mettre en évidence la faiblesse lyricale de ses concurrents sur cette première track introductive. Les samples des films de Kung Fu confèrent l’ambiance menaçante de l’album dans une atmosphère sinistre et glauque. 

RZA donne un côté dramatique et grinçant à l’album, avec toujours des beats très lents incorporant des petits coups de violon et des basses pénétrantes, à l’image d’une cinématique de film, qu’on retrouve également sur Only Built For Cuban Linx de Raekwon. Pendant ce temps, GZA va trancher et découper ses adversaires de manière impitoyable, ses lyrics sont aussi habiles que tranchantes avec des métaphores et des allitérations. Il inclue un vocabulaire recherché et des références multiples, notamment philosophiques, scientifiques, à la culture asiatique des arts martiaux et aux jeux d’échecs, à l’image de la cover. On retrouve également des références aux crimes, dépeignant les rues de New York dans une atmosphère sombre et austère. Plus on écoute l’album plus on retrouve des références cachées et incomprises.

GZA, Killah Hills 10304

There’s no need for us to spray up the scene
I use less men, more powerful shit for my team
Like my man, Muhammad from Afghanistan, grew up in Iran
The nigga runs a neighborhood newsstand
A wild Middle Eastern bomb specialist
Initiated at eleven to be a terrorist
He set bombs in bottles of champagne
And when niggas popped the cork, niggas lost half they brains
Like this ex-worker, tried to smuggle a half-a-key in his left leg
Even underwent surgery
They say his pirate limp gave him away

Le côté dramatique et cinématique de l’album se ressent également dans l’interprétation de GZA, avec beaucoup de storytelling, notamment sur Killah Hills 10304, narrant un deal de drogue. The Genius adopte un flow précis et calme en parfait accord avec les beats, ainsi que les thèmes abordés. Mais GZA a l’ambiance parfaite pour s’illustrer et conter ses histoires. RZA confère un beat grinçant avec des guitares angoissantes et des arrêts surgissant qui laissent place à la basse grondante provoquant des sursauts inquiétants. Alors Ghostface Killah, Killah Priest et RZA le rejoignent au micro sur 4th Chamber pour des assauts vocaux aiguisés qui respirent la confiance. Le duo avec Method Man sur Shadowboxin est sans doute l’une des plus grandes démonstrations de emceing que j’ai pu écouter. Les deux rappeurs posent magistralement sur une boucle reprise de Trouble Heartaches & Sadness de Ann Peebles.

Liquid Swords est considéré comme une pièce maîtresse de la renaissance du rap New Yorkais. Probablement l’un des solo les plus aboutis du Wu-Tang avec des productions de RZA très travaillées. Même si GZA n’est peut-être pas le plus charismatique du Wu, son intelligence lyricale est impressionnante et surpasse ses compères du Wu-Tang, il est définitivement le maître des mots du groupe de Staten Island. Le Genius nous plonge dans son univers martial et philosophique avec ses références multiples, utilisant le micro comme un sabre avec lequel il découpe les rimes sans pitié. Il a définitivement remporté cette partie d’échecs.

Par Grégoire Zasa


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