Madvillainy, Madvillain

Madvillainy, Madvillain

Stones Throw, 2004

Madvillainy, la collaboration folle des artistes underground du rap game sous le nom de Madvillain, les super-villains fous. N’évoluant pas tout à fait dans le même milieu, les deux n’étaient pas nécessairement amenés à se rencontrer.

Madlib est un producteur talentueux, connu notamment pour sa reprise de la collection de Blue Note Records sur Shades of Blue. Si vous vous intéressez un peu au Jazz, vous retrouverez des remixes d’artistes très connus comme Donald Byrd, Ronnie Foster, Gene Harris ou Herbie Hancock. Personnellement, Madlib m’a transmis l’amour du Jazz grâce à cet album. Autre que Shades Of Blue, on peut retrouver ses travaux de productions avec son alter-ego Quasimoto ou des artistes comme Lootpack.

MF Doom de son côté s’est fait connaître au début des années 90 sous le pseudo Zev Luv X au sein du groupe KMD avec son frère défunt DJ Subroc. Après une longue absence sur la scène musicale suite à la mort de son frère, il marquera son retour sur la scène underground avec Operation Doomsday en 1999 avant quelques autres projets sous d’autres Viktor Vaughn ou King Geedorah.

C’est bien l’amour de la musique qui réunit les deux. En 2001, fasciné par le travail de Doom, Madlib lui envoie une démo avec quelques instrus par l’intermédiaire d’un ami commun. La suite nous la connaissons, les deux se réunissent pour travailler ensemble sur un projet commun. Pendant 15 jours, les deux lient des liens d’amitié forst où ils passent la majeure partie de leur temps dans les studio de Stones Throw, ils auraient réalisé plus 100 beats pendant cette période, dont très peu seront finalement retenu pour l’album. En dehors du studio, ils passent aussi leur temps libre ensemble se réunissant autour de leurs passions communes pour les bières, la weed ou la prise de champignons hallucinogènes. Des titres comme Figaro ou Meat Grinder auraient été enregistré à cette période.

Madlib

I did most of the Madvillain album in Brazil. Cuts like « Raid » I did in my hotel room in Brazil on a portable turntable, my 303, and a little tape deck. I recorded it on tape, came back here, put it on CD, and Doom made a song out of it.

C’est lors du voyage de Madlib au Brésil pour le Red Bull Music Academy que Madlib enregistrera seul la majeure partie de la production de l’album dans sa chambre d’hôtel avec un matériel rudimentaire, un sampler et une platine vinyle portable. Le producteur aurait acheté aléatoirement des caisses de vinyles sur place, vinyles qu’il laissera dans sa chambre d’hôtel. Comme l’a déclaré Madlib lors d’une interview.

Le résultat est une aussi éclectique que magiquement bordélique. Un album conceptuel fou comme le Hip Hop n’a jamais connu. Les pistes courtes, moins de 3 minutes pour la plupart, et la quasi-absence de refrain feront toute l’ingéniosité de cet album. Parfois futuristes, parfois obscures, parfois retro-jazzy, les beats incorporent des samples en tout genre, allant du Jazz à la Soul tout en intégrant des musiques indiennes, Shadows of Tomorrow, ou brésiliennes, Curls. L’accordéon enrayé d’Accordion est aussi fou qu’inventif, qui aurait utilisé un accordéon dans un beat de rap ?

L’ambiance globale est difficile à cerner en raison de la diversité musicale des samples, pourtant l’album ne perd pas en cohérence. On retrouve la folie meurtrière d’un Kool Keith et son Dr Octagon. Madvillainy ne permet pas de maitriser la folie mais l’amplifie avec une ambiance lyrique malsaine parfaite pour la démence du vilain masqué.

L’artiste aux multiples alter-ego adopte un flow relaxé et lent, avec une voix grave. Les lyrics arborent une savante complexité, introduisant un nombre incalculable de jeux de mot, sous-entendu et figures de style, notamment des allitérations ou des rimes multi-syllabiques. La chanson Fancy Clown est une métaphore en elle-même, le « fancy clown » semble être en réalité une âme égarée dans ce monde malsain.

MF Doom

Don’t make me have to pound his tin crown face in
And risk being jammed up like traffic inbound from spacing

Ses rimes, en dehors du beat, passent au milieu de la ligne suivante et se frayent un chemin à travers des vers entiers tout au long de la chanson, pour un rendu toujours fluide. Les beats sont définitivement taillés pour le flow ivre et marmonné de Doom, très perceptible sur Rainbows ou sur Figaro.

Les deux artistes nous emmènent dans un voyage dément à travers leurs cerveaux imbibés d’acide. Ils cassent les rythmes et se permettent les plus grandes excentricités. La beauté de Madvillainy, c’est le mélange d’éléments disparates qui à priori ne fonctionneraient pas ensemble. Pourtant leurs génies parviennent à défier les lois de la musique pour un album en dehors du temps. 

Par Grégoire Zasa


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